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DÉFINITIONS EN LIGNE LEXIQUE...

DÉFINITIONS EN LIGNE LEXIQUE



Langage : (no-langage)

     Toute société se définit au sein d'un langage et à travers lui. Le groupe sectaire ou à vocation sectaire n'échappe pas à la règle. Le gourou est un maître de la parole, que ses assistants relaient. Cette parole se caractérise par la mise en relief de certains mots et périphrases dans un ensemble parfois très clair, parfois obscur, donnant, selon les cas, l'impression de traduire une pensée structurée et profonde ou, tout au contraire, inspirée et intuitive. Les gourous les plus adroits savent jouer sur les deux registres, combinant, en fonction des besoins et circonstances, un langage destiné à susciter l'émotion à un langage abscons ou mystérieux .

     Pour séduire le futur adepte et fidéliser le groupe, le gourou utilisera de façon surabondante des termes rassurants, qui ne peuvent que susciter une adhésion immédiate : cœur, lumière, liberté, paix, amour, éveil, épanouissement, renaissance, réalisation de soi, rayonnement, harmonie universelle… De pareils mots fleurissent dans les écrits, brochures ou prospectus destinés à susciter l'approche et l'accroche des nouveaux adeptes. Pour renforcer l'emprise affective et émotive, d'autres termes appartenant à la langue commune seront employés : énergie (positive, cosmique), relaxation dynamique, vibration (force vibratoire, vibrer), fusion, élévation, révélation, méditation, intuition, souffle, canal, harmonisation, réception (réceptivité), connaissance, pouvoir, visualisation, « écran de la conscience », « fraternité blanche universelle » … Apparemment rien d'inquiétant, mais les mots ne sont plus aussi transparents. Ils nécessitent ici un semblant d'explication : sur l'énergie cosmique, sur les pouvoirs cachés, sur les forces invisibles, sur les ondes harmonieuses, sur les bonnes ou mauvaises vibrations, sur la « légende personnelle », sur la « régression chromatique », sur les "égrégores de pensée négative", sur « les plans éthériques de la matière », sur « l'Eveil du Corps de Lumière », sur « l'Harmonisation des sept Corps Subtils », sur la quatrième, voire la cinquième dimension… Déconcerté puis déstabilisé par l'univers insolite et complexe qui se découvre progressivement à lui, l'adepte n'aura de cesse de chercher à comprendre, à se hisser au niveau de « ceux qui savent », à batailler ferme pour atteindre un niveau supérieur et, à la fin des fins, devenir lui aussi un « initié ».

     La plupart des groupes sectaires contemporains sévissant sur le continent européen et le continent américain font partie de la nébuleuse du Nouvel Âge, dont les principales caractéristiques sont l'holisme (« Tout est dans tout »), un goût marqué pour les religions et philosophies orientales (bouddhisme, hindouisme, taoïsme), et un intérêt appuyé pour les états modifiés de conscience, les phénomènes paranormaux (parapsychologie) les ovnis et civilisations extraterrestres (ufologie). D'où l'air de parenté que l'on peut observer entre de nombreux groupes dont les propos et discours avenants reposent de fait sur des données intuitives pseudoscientifiques et psychospirituelles que l'examen critique se trouve dans l'incapacité de vérifier.

     Ici plus qu'ailleurs les mots avancent masqués. Des termes bien connus sont déviés de leur sens initial, prenant parfois une coloration particulière d'un groupe à l'autre. En pareil cas, on peut parler de néologismes de sens (entité, medium, vibration, prescience, clairvoyance, subliminal, aura, prémonition, archétype....) que l'on distinguera des néologismes de forme (repas biotellurique, Dianétique, orgone, enthéogène…).

     Dans les groupes sectaires, les sciences occultes et les psychotechniques sont souvent utilisés pour abuser le futur adepte et renforcer l'emprise sur les membres. Tout un vocabulaire anglo-américain, en lien avec les inspirateurs du New Age, a cours : channeling, poltergeist, rebirth, lying, rolfing…).

     Dans le domaine de la médecine, il est devenu courant aujourd'hui de parler de thérapies ou de médecines alternatives. Or l'expression – typique du New Age - est non seulement impropre mais dangereuse en ce sens qu'elle est capable d'induire en erreur, comme s'il existait aux côtés de la médecine officielle, vérifiée par l'expérimentation, une autre médecine, tout aussi performante. Il s'agit de fait d'un anglicisme sémantique. Il serait plus pertinent de parler de médecine parallèle, voire de médecine douce… Mais là encore on peut s'interroger sur la justesse des termes. Existe-t-il des maladies douces ?

     L'interrogation vaut pour les sectes comme pour les drogues. Pour les experts, il ne saurait y avoir de sectes positives comme de drogues douces. La nature de toute maladie, de toute secte, de toute drogue est la même : la souffrance ici, l'enfermement mental là, la dépendance physique et/ou psychique ailleurs… Dans les trois cas, les différences se situent au niveau des degrés.

     Dans le domaine des détournements de sens des termes religieux, le plus spectaculaire est sans nul doute celui de Christ. Pour les adeptes du Nouvel Age, réunis ou non autour d'un gourou, le Christ dont il est question n'est pas Jésus de Nazareth. Le titre de « Christ » est donné à tout homme qui atteint un état de conscience dans lequel il perçoit sa propre divinité et peut donc se considérer comme un « Maître universel ». Jésus de Nazareth n'était pas «le Christ, mais seulement une des nombreux personnages historiques en qui cette nature « christique » s'est révélée, comme Moïse, Bouddha, Confucius, Lao Tseu et Mahomet par exemple. Selon les groupes, Jésus est un Initié, une Entité surhumaine, un Maître de sagesse, l'Instructeur suprême, un Guide missionné par des hiérarchies supérieures, un Avatar du Principe divin, un Emissaire céleste, un disciple de Maitreya, « chef de la Hiérarchie des Maîtres de sagesse et futur guide de l'humanité »…

     Les titres ronflants dont s'affublent les gourous sont révélateurs eux aussi. Devant ses disciples du Mandarom, Gilbert Bourdin se présentait comme le « messie cosmo-planétraire » et Claude Vorilhon alias Raël, ami des « Elohim », ayant découvert sa nature papale et sa parenté avec Jésus, exige désormais d'être appelé « Sa Sainteté ».

     A un degré moindre, mais dans un esprit semblable, des thérapeutes souvent déviants se découvrent de nouvelles compétences en forgeant des expressions nouvelles pseudoscientifiques parfaitement identifiables : rencontrologue, amourologue, pythologue, tarologue, nevraxologue, chirurgien énergétique, bioénergéticien, astro-homéopathe, instinctothérapeute, urinothérapeute… Comme l'a fait remarquer Renaud Marhic dans Le New Age – son histoire, ses pratiques, ses arnaques édité par Le Castor Astral : « Si la Science académique avance pas à pas, testant, comparant et recoupant, le nouvel âge n'a, lui, pas de temps à perdre. Là où, en dix années, l'étudiant traditionnel peut espérer s'affirmer dans une seule et unique discipline scientifique, l' étudiant » new ager enrichira sa carte de visite d'une demi-douzaine de titres ronflants et variés. Comme celui-ci, « psychothérapeute, maître en PNL, biosynergiste, praticien en massage californien, formé aux danses sacrées de la communauté de Findhorn et aux technologies de performances optimales »… (…) Partout fleurissent « écoles », « instituts », « universités » et autres centres d'enseignement qui ne sont le plus souvent que de simples associations loi de 1901. Pour y accéder, aucun diplôme nécessaire mais une condition sine qua non : pouvoir y mettre le prix ! Le reste n'est que formalité. Comme jadis, les titres s'achètent. »

     Prudence donc. Le langage n'est pas innocent. Du grigrithérapeute à la manipulation mentale et à l'assujettissement psychologique conduisant à l'enfermement sectaire le chemin n'est souvent pas bien long.

     cf. New Age, holisme, dépendance, adepte.