[ ] - NEUROPOP? (Luis Carlos Fernndez au sujet de Gurir, le livre de David Servan Schreiber)




NEUROPOP ?

par Luis Carlos FERNÁNDEZ

Au sujet de Guérir de David Servan-Schreiber

« Ce qui distingue nettement Guérir, le livre de David Servan-Schreiber,
des innombrables produits du charlatanisme guérisseur auxquels son titre risque néanmoins de l’associer, c’est la citation d’études scientifiques censées garantir l’efficacité des méthodes qu’il présente. Est-il pour autant aussi inattaquable
qu’il peut en avoir l’air ? Loin de là. »

Bien rares doivent être les lecteurs de cette chronique qui ignoreraient encore que l’on peut guérir le stress, l’anxiété et la dépression sans médicaments ni psychanalyse, comme le claironne Guérir, le livre de David Servan-Schreiber. Car l’auteur ne semble pas avoir raté une occasion de diffuser la bonne nouvelle par tous les canaux : presse, radio, télé, conférences et, last but not least, le site Internet qu’il a créé – en français http://www.guerir.fr et en anglais http://www.instincttoheal.org – pour en pérenniser l’annonce. S’enchaînant à un rythme d’enfer, ses prestations médiatiques se poursuivaient encore un an après la sortie du bouquin avec autant de succès — le 13 février de cette année grasse, il se produisait à guichets fermés dans le cadre des Grandes conférences de l’Université de Montréal. Côté logistique promotionnelle, on lui accordera donc 10 sur 10 sans la moindre hésitation.

Publié en mars 2003 chez Robert Laffont, ce primus opus est vite devenu le champion des best-sellers hexagonaux. En novembre de la même année, il était déjà traduit dans dix-neuf pays, et les ventes en France atteignaient les 250 000 exemplaires. Nul doute que la version américaine (The Instinct to Heal: Curing Stress, Anxiety, and Depression Without Drugs and Without Talk Therapy. New York : Rodale Press, 2004), établie par l’auteur, marchera tout aussi fort.

L’heureux messager est le fils cadet de Jean-Jacques Servan-Schreiber, journaliste français de renom, fondateur de L’Express, homme politique et auteur du célèbre Défi américain, un énorme succès du milieu des années 1960. Il est psychiatre de son état (tendance bio, naturellement) et docteur en neurosciences cognitives; formé en France, au Québec et surtout aux États-Unis, où il a exercé pendant vingt ans. Un scientifique pur jus, mais dont le "Yin" soignant aurait pris quelque peu le dessus sur le "Yang" chercheur, ce léger déséquilibre étant au principe de l’ouvrage dont il sera question. Un essai qui peut se lire comme le récit d’une conversion aux "médecines complémentaires".

Deux expériences cruciales auraient ébranlé les préjugés de DSS [1] à l’égard de celles-ci. D’abord la rencontre à Dharamsala de médecins tibétains qui soignaient uniquement par l’acupuncture et les plantes "toute une gamme de maladies chroniques", avec, vraisemblablement, "autant de succès" que leurs collègues occidentaux, mais à un coût infiniment moindre et avec moins d’effets secondaires. Vint s’ajouter à cela le cas d’une amie d’enfance qu’"une sorte de guérisseuse" semblait avoir tirée d’un épisode dépressif sérieux au moyen d’une "technique de relaxation proche de l’hypnose".

On peut s’étonner qu’un toubib aussi savant y ait trouvé de quoi jeter son scepticisme par-dessus les moulins. Car, contrairement à ce que laisse entendre notre auteur, la médecine scientifique occidentale n’a pas rejeté les prétentions des soi-disant médecines "parallèles", "naturelles", "douces" ou "traditionnelles" – qu’elle tient à juste titre pour des patamédecines – sans les avoir dûment étudiées [2]. Quant à l’histoire de guérison, elle n’aurait dû guère titiller sa fibre scientifique; n’écrit-il lui-même : « En médecine, il faut toujours se méfier de ce que l’on appelle les "cas anecdotiques" : c’est-à-dire qu’il ne faut pas bâtir une théorie ou recommander un traitement à tour de bras sur la base d’un seul patient, ou même de quelques cas, si extraordinaires soient-ils.» (...) 

Pour lire la suite : http://www.psyvig.com//doc/doc_172.pdf