Liste de diffusion
Ajoutez votre adresse
POUR SE PRÉMUNIR DE LA SÉDUCTION EN PSYCHOTHÉRAPIE (...

POUR SE PRÉMUNIR DE LA SÉDUCTION EN PSYCHOTHÉRAPIE (Martine Maurer)



par Martine MAURER

« Aucun praticien de la psychothérapie déontologique
n’accepte de présents de ses patients. »  


En tant que professionnel, il n’est pas rare d’être séduit par la prestance sociale des acteurs déviants, par la fluidité de leur réputation, par l’importance de leur clientèle, par la fidélité de celle-ci, acquise grâce à la stimulation de l’idéalisation primitive au sein du transfert. Dans la première étape de contact avec les patients, le thérapeute pseudo-professionnel obtient une meilleure alliance à sa personne en satisfaisant à répétition les représentations de ceux-ci. Dans les observations faites, cette fidélité et cette adhésion des clients donnent à penser que, parfois, le patient demandeur de psychothérapie ne cherche pas tant à aller bien, qu’à trouver une figure idéale sur laquelle il peut s’étayer un temps, se consolider provisoirement.

Cet aspect est une explication potentielle d’un processus à l’œuvre dont il est nécessaire de tenir compte pour la gestion des problèmes de dérive sectaire ou perverse dans les situations présentées improprement comme thérapeutiques. Le pseudo-professionnel est une sorte de « gourou particulier » qui sait faire illusion de sa compétence, de l’intérêt de la relation avec lui, de l’existence d’une finalité dans le cours du travail. C’est un sujet séducteur qui manie l’empathie concordant (1) ou complémentaire (2) avec brio, donnant au client la satisfaction artificielle et incontournable d’être compris, écouté, soutenu durant un temps suffisamment long pour qu’une alliance - «forte» - s’établisse. Ce qui est visé, d’emblée, dans l’exploitation pervertie du transfert est l’établissement d’une dépendance intense, d’une mise sous emprise.

L’emprise est un pouvoir subtil, repérable, par exemple, lorsqu’une personne, tout en présentant un cadre pseudo-professionnel peu licite, des honoraires particulièrement élevés, arrive à majorer insidieusement la dette de ses patients. Ceux-ci, dans des élans en apparence spontanés, commencent à offrir au pseudo-thérapeute des cadeaux qui, bien entendu, sont acceptés. Le lien se développe en incluant cette modalité. Cette potentialisation de la dette vécue par le client et acceptée par le pseudo-professionnel est un signe précurseur de l’usage du transfert à des fins autres que celle de la conduite d’un travail thérapeutique. Le thérapeute qui sollicite ou accepte les présents et la dynamique particulière qu’ils induisent majore l’asymétrie du lien entre lui et le patient. Dans l’emprise, le client se vit redevable, oubliant qu’il a déjà largement payé ses séances. Cet aspect est un symptôme facile à identifier. Aucun praticien de la psychothérapie déontologique n’accepte de présents issus de ses patients. Lorsque qu’une telle situation se présente, le praticien rappelle simplement au patient que le règlement de la séance suffit pour le maintien du cadre.

      (1) Empathie concordante : ressent un affect similaire à celui que vit le client.      
      (2) Empathie complémentaire : ressent un affect en réaction à l’affect ressenti par le client.

Mise en ligne le 6 avril 2003, cette page a été présentée sous le titre « Écart entre image et réalité » de la partie intitulée «Le pseudo-professionnel abusif» (p. 51-52) dans l’ouvrage de Martine Maurer publié en octobre 2001, aux éditions Hommes et Perspectives, « Comment choisir son psychothérapeute ? - Attention risque de pratiques déviantes. »


Haut de page

Actualités

Imprimer la page Envoyer le lien de cette page  un ami Nous contacter