[ ] - LA MODE DES COACHS (Jean-Luc Ferr)




LA MODE DES COACHS

Pour vivre heureux, vivons "coachés"

par Jean-Luc FERRÉ


«Optimiser» les qualités des salariés, ou favoriser le mieux-être... Le marché du coaching est en plein essor. Comment contrôler et réguler l'afflux de ces professionnels dans un domaine où le meilleur côtoie souvent le pire ?

En ce temps-là, on employait des mots simples. Sur les pelouses, dans les gymnases, on écoutait «l’entraîneur». Entraîneur : le terme n’était pas encore désuet. Puis arriva l’équipe de France de football. Les Bleus nous expliquèrent qu’ils essayaient d’appliquer au mieux « les consignes du coach ». Il s’appelait Aimé Jacquet, le « coach ». Il avait l’accent de chez lui et le bon sens de chez nous. Il allait porter ses troupes sur le toit du monde footballistique et, sans le vouloir, populariser un terme anglais qui sans doute sonnait plus moderne et plus efficace que le traditionnel « entraîneur ».

Le mot, certes, ne débarquait pas tout soudain dans l’Hexagone. Dans le monde sportif, le « coach », on lui obéissait depuis les années 1980, mais surtout sur les courts de tennis et on utilisait le terme avec parcimonie. Mais Aimé, c’était autre chose. Le coach qui transcende, qui réveille le meilleur de chacun, psychologue et stratège. Le coach de rêve…

Troquons les crampons pour les mocassins, et nous voilà dans le monde de l’entreprise. Après tout, le but est le même : gagner. Pourquoi ne pas coacher les équipes dans les bureaux ? Alors que la puissance du coach sportif éclatait aux yeux du grand public, le coach professionnel asseyait déjà son savoir, importé des expériences anglo-saxonnes, dans les fauteuils de direction. Association pionnière en la matière : la Société française de coaching est née en 1996.

2 500 et 3 500 coachs en activité

Dix ans plus tard, le coaching n’est plus seulement sportif ou professionnel. Il diffuse partout, veut dégripper tous les rouages de la société du « mieux-être ». Il accompagne à tout âge, aide à tous les étages du «développement personnel». La France compterait, selon les estimations, entre 2 500 et 3 500 coachs en activité. Impossible de sortir une statistique plus précise, car tout le monde peut s’improviser dans ce métier. Avec au mieux un diplôme délivré par des sociétés de formation professionnelle du secteur, qui adoubent leurs pairs sans véritable reconnaissance officielle.

« Coacher » n’est pourtant pas neutre. François Délivré, un des plus influents et réputés professionnels du secteur, le soulignait déjà (en octobre 1999) dans un article publié par la revue des anciens élèves de l’école polytechnique, en listant « trois méfiances » habituelles vis-à-vis de son activité : « La première est que le coach se transforme en “gourou” : cette crainte correspond à un risque réel, surtout dans la période actuelle où le coaching a tendance à se développer de façon sauvage (…). La seconde est que l’intervention provoque des dégâts psychologiques : la crainte est fondée, car la relation subtile qui s’établit lors du coaching entraîne fatalement un effet de transfert (…). La troisième est que le coaching ne devienne une thérapie déguisée (…): la crainte est, là encore, fondée ». (...)

Pour lire la suite: http://www.psyvig.com//doc/doc_141.pdf