Bien connu à Lourdes pour l’Atelier Imaginaire, Guy Rouquet est également le président d’une association nationale qui lutte contre les dérives sectaires constatées chez pas mal de psychothérapeutes.
Partenaire privilégié de la Miviludes depuis cinq ans, Guy Rouquet, président de l'association Psychothérapie Vigilance, se satisfait du dernier rapport sur les sectes, qui montre du doigt les dérives sectaires des psychothérapeutes autoproclamés et préconise l’application des décrets pour réglementer le titre de psychothérapeute. Mardi dernier, il rencontrait la secrétaire générale de la Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires, qui n’est autre que Catherine Katz, ancienne juge d’instruction à Tarbes (2000-2003). Professeur de lettres, Guy Rouquet est très connu à Lourdes pour être le créateur de l’Atelier Imaginaire. On sait moins son engagement dans la lutte contre les sectes, et plus spécialement contre ce qu’il appelle les «dérapeutes». Ces derniers sévissent partout, y compris à Lourdes et dans sa région, en toute impunité, selon Guy Rouquet. Le dernier rapport sur les sectes s’inquiète des dérives sectaires chez de nombreux psychothérapeutes qui utilisent le stratagème du «faux souvenir incestueux» pour couper leur client du cercle familial et réussir ainsi l’embrigadement dans une secte. Guy Rouquet s’est penché sur ce problème en 2001, en créant l’association Psychothérapie Vigilance. «J’ai eu des doutes sur une psychothérapeute qui sévissait sur la région paloise. J’ai tiré un fil et j’ai découvert un réseau de type sectaire. Une secte pseudo-guérisseuse hallucinogène. En fouillant, je me suis aperçu que les psychothérapeutes exercent en France dans un vide juridique le plus total. N’importe qui peut s’autoproclamer psychothérapeute et revendiquer le vocable de psy. C’est la confusion la plus totale. Ce métier n’est pas réglementé, n’importe qui peut l'exercer. Je me suis intéressé aux syndicats et fédérations de psychothérapeute. Ils étaient contrôlés par des gens sujets à caution. Et ces gens travaillent et font pression pour faire reconnaître les psychothérapeutes comme des professionnels de la santé à part entière.» Devenus référence en la matière, l’association Psychologie Vigilance et le site Internet Psyvig.com, reçoivent de nombreux témoignages de personnes victimes de «dérapeutes» peu scrupuleux. «Je suis heureux de voir que le nouveau président de la Miviludes est déterminé dans ce combat. Nous, nous serons vigilants pour que la psychothérapie ne devienne pas une nouvelle profession ouverte à tous. Il faut que cela soit une spécialité qui s’acquiert après des études de médecine.» «Actuellement, des écoles délivrent des certificats de psychothérapeute, sans l'agrément de l’état. Ce sont des leurres pour les élèves de ces écoles dites de formation.» Lourdes n’échappe pas au phénomène, au contraire !
Les victimes de ces psychothérapeutes, n’ont de plus, aucun recours pour se plaindre, puisque le code de «déontologie» de ces écoles formatrices n’est pas reconnu. «Les psychothérapeutes autoproclamés sont partout et dangereux. C’est un réseau psychosectaire mafieux qui tisse sa toile en France et partout en Europe. On forme des «dérapeutes» par un enseignement bidon. Ce sont des diplômés sans aucune valeur qui ne font que reproduire ce qu’on leur a appris». Voilà le danger des dérives sectaires. Selon Guy Rouquet, la plupart de ces écoles de formation sont tenues par des gourous qui se font un maximum d’argent. «L’argent, le pouvoir, tout les intéresse. C’est l’idéologie New Age pure et dure qui veut changer tous les paramètres de notre société. Ces gens-là sont contre les psychiatres, les psychologues cliniciens. Pour eux, la pensée magique est tout aussi valable, si ce n’est meilleure, que la démonstration scientifique. Ils ont utilisé un vide juridique. Ils exploitent la souffrance des gens comme un gisement aurifère. Ils cassent les personnes. Ils créent, avec leurs clients, le même type de dépendance que connaît un toxicomane avec sa drogue. Et ils attirent des personnes qui ont peur d’aller voir un psychologue ou un psychiatre, qui cherchent des médecines qui vont les rééquilibrer. Mais si elles sont en réelle souffrance, ces personnes voient leur situation s’aggraver, autant pour la santé que pour leurs finances». Et Guy Rouquet de citer l’exemple d’un homme victime d’un psychothérapeute autoproclamé, et qui en dix-huit mois, a perdu son épouse, sa maison et ses économies. Et les témoignages, nombreux sur le site Internet de l’association, ont «tous la même musique». «C’est un phénomène grave, qui se généralise comme un cancer». «Les parlementaires, qui souhaitent réglementer la pratique de la psychothérapie, subissent des pressions. Jamais ils n’auraient imaginé déranger autant de monde». «J’ai apporté des preuves des dangers de certains psychothérapeutes. Dans quinze jours, les décrets d’application seront soumis à notre association et aux professionnels de santé. Nous ne voulons pas que la loi légitime les psychothérapeutes qui pratiquent déjà depuis cinq ans. Car c’est parmi eux que se trouvent les plus pervers. Ce que l’on souhaite, c’est qu’un médecin, un psychologue ou un psychanalyste, puisse avoir la spécialité psychothérapeute. On ne doit pas faire du bricolage avec des pathologies parfois lourdes. Les gens en sortent souvent brisés». Mais ils ne portent pas plainte, notamment parce que le délai de prescription est de trois ans, et que lorsque les victimes se décident, il est trop tard. Catherine Katz, envisage de faire démarrer le délai de prescription à partir du moment où la personne se rend compte qu’elle a été victime d’une dérive sectaire. «Les dérives sectaires de psychothérapeute touchent tous les milieux et tous les âges. Personne n’est à l’abri. Le site internet reçoit près de quinze demandes de renseignements par jour, et traite deux dossiers par semaine.» L’association Psychothérapie Vigilance (site internet : www.psyvig.com ), fonctionne sur des fonds privés. «Notre action est inattaquable car indépendante». Christophe Ruiz Psychothérapie : thérapie par des moyens psychiques, fondée généralement sur la relation personnelle qu’entretiennent le thérapeute et le patient, et dans laquelle la notion de transfert joue un rôle plus ou moins important.
ENCADRÉ
Des sectes actives à Lourdes «Lourdes est une ville intéressante, car on y reçoit beaucoup de gens fragiles. Il y a des sectes et des psychosectaires très habiles. Des psychothérapeutes introduisent un rapport de dépendance avec leurs clients, et en font des agents prosélytes», explique Guy Rouquet. «La région de Lourdes est très exposée aux sectes syncrétiques. Il s’agit de sectes qui utilisent un mélange de plusieurs religions et cultures. Il y a notamment une secte brésilienne très active dans la cité mariale. Elle associe le chamanisme aux fêtes religieuses classiques et utilise des drogues hallucinogènes. On a des célébrations religieuses qui se ponctuent avec de la potion magique en guise de saint sacrement. Les hallucinogènes font voir aux adeptes ’’la divinité’’». Une divinité qui peut prendre la forme du christ, de la Vierge Marie, de la Dame Blanche ou encore du Serpent Cosmique, qui a donné naissance à l’humanité (culture amérindienne). Selon nos informations, plusieurs groupements sectaires agissant sur Lourdes et sa région sont sous étroite surveillance.
* in La Semaine des Pyrénées n° 598 (11-17 mai 2006). |