La lecture de la Version 1 de l'Avant-projet de décret n° XXXX relatif à l'usage du titre de psychothérapeute [i] apporte de multiples motifs de satisfaction. Bientôt charlatans et incompétents ne pourront plus gruger les patients qui, en s’adressant à un psychothérapeute dont ils trouvaient le nom au petit bonheur la chance ou par l’entremise d’un réseau de recrutement organisé, croyaient avoir affaire à un spécialiste aux diplômes agréés par les pouvoirs publics. Les réactions démesurées, et parfois irresponsables [ii], de certains organismes au contenu rédactionnel du document montrent que le fer est porté là où il fallait. Elles sont dans la logique du lobby qui s’est manifesté à grands cris depuis octobre 2003, en niant ou minimisant les dégâts psychiques et les désastres humains dont étaient responsables nombre de ses thérapeutes autoproclamés ou « certifiés ». Au moment où la Direction Générale de la Santé s’apprête à tenir sa dernière réunion de concertation avec les principales associations de psychanalystes, psychothérapeutes, psychiatres et psychologues, Psychothérapie Vigilance, association au service des victimes de thérapies déviantes, abusives et psychosectaires, apporte un soutien résolu au texte soumis à leur appréciation en raison des garanties qu’il donne aux futurs patients de bénéficier, en toute sécurité, des suivis psychothérapiques dont ils pourraient avoir besoin. Ce qui revient à dire qu’il importe que la version définitive du décret ne s’écarte guère de la première Version . Sans doute quelques aménagements vont-ils être apportés. Nous demandons à ce qu’ils soient toujours effectués avec une extrême vigilance sur le plan pratique comme didactique et déontologique, afin « d’éviter les dérives sectaires » et de permettre au patient ou demandeur de soins de disposer d’une information authentifiée sur la formation du professionnel auquel il s’adressera. En toute hypothèse, nous nous réjouissons d’avoir la confirmation de ce que : - le texte ne crée pas une profession nouvelle. Il définit clairement le cadre, les contours et les règles d’une activité ou fonction qui pourra être pratiquée ou remplie par divers professionnels du champ sanitaire et social dont les statuts particuliers sont réglementés ; - la formation est confiée à l’université et c’est elle qui fixera les programmes ; - la formation théorique et pratique en psychopathologie clinique, conforme au cahier des charges fixé par arrêté des ministres chargés de la santé et de l'enseignement supérieur et de la recherche, sera d’un niveau master ; - les membres dits de droit – médecins, psychologues et psychanalystes - devront eux aussi attester d’une formation en psychopathologie théorique et clinique s’ils veulent utiliser le titre de psychothérapeute et s’inscrire sur la liste départementale de leur lieu d’exercice et, du même coup, dans le registre national des psychothérapeutes ; - la liste sera tenue à la disposition du public qui pourra la consulter à sa convenance; - la validation des acquis de l'expérience sera établie au terme d’une consultation entre les ministère de la santé et l’université, « où il existe déjà des masters de psychothérapeutes proches de l'esprit du texte » ; - le texte fait référence aux quatre approches "validés scientifiquement" sans en privilégier aucune, et sans s’interdire d’en agréer d’autres. Tous ces éléments ont l’agrément de Psychothérapie Vigilance.
Nous prenons acte de ce que : - conformément à la loi, le texte se limite à réglementer le titre et se refuse à intervenir sur les pratiques ; - la formation à la psychopathologie est le gage de sécurité pour le public. C’est le socle sur lequel s’édifieront les formations à la psychothérapie ; - le contenu des formations fera l’objet de concertations. L'université, qui est confié le pilotage de l’opération, fera des propositions d'enseignement. Si elle le désire, elle pourra passer des conventions avec des institutions externes ; - la création d’un nouveau master est dans l’ordre du possible : une concertation du ministère de la santé et des autorités universitaires en décideront ensemble si cette création s’avère nécessaire ; - le décret vaudra dès sa publication et dès que les conditions de mise en œuvre seront réunies. Il y aura des textes complémentaires, en particulier sur le contenu de la formation . Le décret soumis au Conseil d’Etat ne sera pas applicable avant le nouveau décret, qui, lui, sera simple. C'est l'ensemble du dispositif qui rendra le système viable. - chaque pays reste maître de sa politique de santé.
Pour affiner le texte, dans l’esprit de la loi, nous suggérons que des dispositions réglementaires soient prises pour que : - le public soit toujours en mesure de savoir à quel type de psychothérapeute il a affaire : médecin, psychologue, psychanalyste, autre… - toutes les formations en psychothérapie suivies par le professionnel désirant user du titre de psychothérapeute puissent être mentionnées dans la liste départementale comprenant l'identité, les lieux d'exercice du professionnel, la date d'obtention du diplôme en psychopathologie clinique ainsi que les autres pièces justificatives prévues dans le décret ; - la réalité des déclarations effectuées auprès des services du Préfet soit vérifiée minutieusement ; - le master ou son équivalent soit toujours validé par l’université c’est-à-dire avec l’agrément de l’Etat ; - la liste des écoles privées habilitées à dispenser des formations en association avec l’université soit établie avec une vigilance extrême. De nombreuses « écoles » présentent des programmes apparemment complets et solides qui, de fait, sont des leurres, sans compter celles qui ignorent tout de la psychopathologie et dispensent un enseignement pernicieux, voire pervers (cf. le livre de Martine Maurer Psychothérapie, Démocratie et Loi publié en octobre 2005) ; - durant la période transitoire, la validation des acquis de l’expérience des « thérapeutes » ou soignants soit soumise à un contrôle rigoureux. Trop d’infirmiers ou éducateurs se voulant psychothérapeutes ou aspirant à le devenir posent de sérieux problèmes pratiques, théoriques, éthiques et déontologiques. Formés par des déviants ou des formateurs non qualifiés, ils reproduisent en toute bonne foi ce qu’ils ont appris, causant ou aggravant des maux psychiques, parfois irréversibles, sans compter bien sûr les psychosectaires ; - les psychothérapeutes autoproclamés en exercice ou, moyennant finances, certifiés par des écoles sujettes à caution ne soient pas habilités à devenir psychanalystes du jour au lendemain, par un simple artifice d’écriture.
Nous récusons avec force les déclarations ou suggestions de certains intervenants, notamment : - l’idée exprimée par certains participants selon laquelle la formation de base à la psychothérapie doit comprendre obligatoirement un travail "sur soi". En effet, le critère de la nécessité d’avoir fait « une psychothérapie personnelle » pour devenir psychothérapeute ne résiste pas à l’analyse juridique en ce sens que, s’il était institué par un texte de loi, se poserait la question de sa légalité puisque, par divers biais, atteinte serait portée au droit de la personne : la psychothérapie est un traitement, et tout traitement entre dans le domaine de la vie privée (article L-1110-4 du Code de la Santé publique et de l’article 9 du Code civil). Psychothérapie et psychanalyse sont deux réalités distinctes. - la réflexion de Serge Ginger relative aux mesures transitoires. Le secrétaire général de la FF2P fait une allusion manifeste aux titulaires du certificat européen de psychothérapie, dont nous savons en quoi il consiste : le bac + 7 évoqué par lui ne correspond en rien au niveau des formations universitaires. En effet, ledit certificat - soi-disant obtenu après sept années de formation post-bac – est une illusion puisqu’il est avéré, d’une part, que certains « certifiés européens » ne sont même bacheliers et, d’autre part, que ces sept années se caractérisent par un nombre restreint d’heures de formation. Quant aux étudiants actuellement en cours de formation dans des écoles auto-agréées, ils demeurent généralement la proie de promesses aléatoires. La dernière en date, et la plus spectaculaire, est celle qui figure dans le site du CIFP, Centre interdisciplinaire de formation à la psychothérapie relationnelle pour une psychothérapie multiréférencielle, dont le directeur des études est Philippe Grauer, président du SNPpsy, qui garantit à ses élèves une titularisation : «À l’issue du cursus que nous vous proposons, nous vous aiderons à sauter le pas de votre installation, à entamer le processus conjoint d’auto-reconnaissance et d’agrément institutionnel. Il y aura un no man’s land à traverser, entre la sortie de l’école, et l’entrée dans le métier, sanctionné lui, par une TITULARISATION, vous accordant la reconnaissance par des professionnels expérimentés, de sensibilités théoriques variées, que vous appartenez bien à leur confrérie en qualité de psychothérapeute. » [iii] - les propos de Jean-Michel Fourcade parlant d’une atteinte grave au droit à l'enseignement libre. Ils ne résistent pas non plus à l’analyse, ne serait-ce que pour cette raison : dans l’Education nationale, les élèves des établissements privés (« libres ») sont soumis aux mêmes exigences et programmes que ceux de l’enseignement public. Lors des épreuves du baccalauréat, qui donne droit au premier grade universitaire, ils composent dans les mêmes salles d’examen et se prononcent sur les mêmes sujets. S’agissant de la formation des maîtres et des grands concours, il en va de même. Et il n’existe pas non plus de différence dans le domaine de l’inspection administrative ou pédagogique des enseignants. C’est ainsi que la quasi-totalité des établissements privés ont signé un contrat d’association avec l’Etat. La sanction du travail et de la formation, c’est l’obtention ou non d’un diplôme d’état. - l’affirmation selon laquelle il faudrait valider les programmes de formation des organisations qui ont auto-réglementé leur profession au motif que les professionnels de la psychothérapie relationnelle auraient acquis une place légitime reconnue socialement [iv]. Dans son livre, Martine Maurer décrit concrètement ce que cette auto-réglementation recouvre comme pratiques inacceptables. Par ailleurs, place légitime ne signifie pas place légale. Enfin, au plan social, ce sont d’abord les plaintes des victimes de thérapies déviantes et abusives, relayées par le désarroi de médecins, psychologues et psychiatres confrontés à la gravité et à l’ampleur des dégâts humains et psychiques commis par les psychothérapeutes autoproclamés ou trop souvent formés de façon fantaisiste, voire dangereuse, qui ont conduit le législateur à combler le vide juridique existant.
Alors qu’au terme d’une vaste consultation de dix-huit mois, le ministère de la Santé s’apprête à mettre la dernière main au décret qui sera envoyé en Conseil d’Etat, Psychothérapie Vigilance observe que le texte est conforme à l’esprit de la loi votée en juillet 2004. Le cadre est clair : l’exercice de la psychothérapie sera bientôt le fait de professionnels qualifiés, et il y a lieu de s’en féliciter pour leur honneur, leur rôle et leur image auprès du public comme pour la sécurité des patients et des demandeurs de soins. Certes, aucune loi n’empêchera les comportements irresponsables ni les infiltrations sectaires ou parasectaires, mais, dans le cas présent, compte tenu des mesures prises ou envisagées, il n’est pas douteux que ces tentatives seront plus difficiles à l’avenir et qu’il sera plus aisé de mettre un terme légal aux abus et déviances de leurs auteurs comme des organismes auxquels ils appartiennent.
Tarbes, le 10 février 2006
1 http://www.psyvig.com/default_page.php?menu=40&page=52 2 "Le SNPpsy ne soumettra jamais ses praticiens et leurs patients à des décrets en passe de devenir scélérats" ( "Refusons un avant-projet psychothérapicide" - 21/01/2006; http://www.snppsy.org/data/306.pdf ). 3 http://www.cifpr.fr/article.php?id_article=18 La lecture du site est particulièrement instructive. On y découvre l’organigramme de cette école, avec un comité directeur réduit à trois personnes, dont une bien connue à la Miviludes, à la Mildt et à l’Unadfi pour sa promotion de stages psychothérapiques recourant à de puissantes drogues hallucinogènes (ayahuasca). 4 cf. communiqué de l’Affop en date du 19/01/06 intitulé « Chronique d’une mort annoncée » et signé par Jean-Michel Fourcade, président. |