NOUVELLE BATAILLE CONTRE L'ETAT POUR LA PLANETE PSY |
Hier, la loi sur l'usage du titre de psychothérapeute ne faisait pas l'unanimité. |
Et c'est reparti. Les uns contre les autres, certains analystes contre certains psychothérapeutes, freudiens contre lacaniens, partisans des thérapies comportementales cognitives (TCC) contre psys relationnelles. Hier, pour la première fois de leur histoire, le ministère de la Santé a pourtant réuni toutes les composantes de la planète psy en France soit près d'une cinquantaine de personnes , venues pour recevoir une première version des décrets très attendus de la loi, votée en 2005, qui entendait réglementer l'usage du titre de psychothérapeute. La réunion s'est tenue sous la présidence d'un responsable de la Direction générale de la santé. Le ministre, Xavier Bertrand, était absent, se souvenant peut-être des très méchantes polémiques qui ont entouré ce qu'on a appelé l'amendement Accoyer puis Mattei. Résultat ? C'est le brouillard qui prévaut, avec quelques gros orages en perspective.
Attestation. De fait, dans cette affaire, seul le point de départ a le mérite de la clarté. Qui peut se vanter du titre de psychothérapeute ? Des psys loufoques adorant le système lunaire ? Ou seulement des professionnels patentés, médecins, psychiatres ou psychologues cliniciens de préférence ? Mais quid des analystes qui ont suivi une formation originale, avec ses propres règles ? Que faire aussi de ceux, de plus en plus nombreux, qui ont une formation mélangée ? Telles étaient les questions initiales, très vite submergées par des querelles intimes, mais aussi par une interrogation de fond : est-ce à l'Etat de fixer les règles et de s'immiscer dans les mystères de la relation psychothérapeutique ?
Votée après moult péripéties, la loi a d'abord fixé un cadre : «L'usage du titre de psychothérapeute sera réservé aux professionnels inscrits sur un registre national des psychothérapeutes, géré à un niveau départemental. Cette inscription sera conditionnée au suivi d'une formation pratique et théorique en psychopathologie clinique.» Mais «les médecins et les psychologues, tout comme les psychanalystes régulièrement enregistrés dans les annuaires de leurs associations, pourront figurer de droit dans ce registre». Les décrets d'applications allaient le préciser. Or ils se révèlent plus contraignants. Certes, ils insistent sur le fait que «l'usage du titre de psychothérapeute nécessite une démarche volontaire».
Uniformité. En somme, les analystes, qui ne veulent pas de ce titre, peuvent continuer à exercer comme bon leur semble. Mais pour ceux qui le souhaitent, c'est différent. Le décret oblige toute personne qui revendique le titre de psychothérapeute à «une attestation de certification en psychopathologie clinique». Cela renvoie à une formation de niveau mastère, validée par l'université. Cette formation en psychopathologie clinique vise à acquérir entre autres «une connaissance du fonctionnement psychique», et ajoute que «la personne doit avoir une connaissance des quatre approches de psychothérapie validées scientifiquement (analytique, systémique, cognitivo-comportementaliste, intégrative)».
«Une formulation inquiétante», réagit Roland Gori, professeur à l'université d'Aix-Marseille 1 et président du Séminaire interuniversitaire européen de recherche et d'enseignement de la psychanalyse et de la psychopathologie, «c'est une psychologie d'Etat que l'on est en train de définir.» Philippe Grauer, président d'un syndicat de psychothérapeutes, assez proche des analystes poursuit : «On est en train de fabriquer des sous-officiers de santé mentale pour remplacer des psychiatres qui disparaissent.» «Sur le plan intellectuel, c'est choquant, surenchérit l'historienne de la psychanalyse Elizabeth Roudinesco. C'est l'Etat qui définit quatre courants, qu'il dit validés scientifiquement. Cela ne veut rien dire, la psychanalyse ne s'est jamais définie comme une science. On est toujours dans la même dérive d'un Etat qui veut écrire la science, quand ce n'est pas l'histoire. Et on met le tout dans un seul moule : l'université.»
D'autres, au contraire, s'en félicitent, comme Bruno Dal Palu qui préside Psy en mouvement : «Tout le monde est mis à la même enseigne.» Certains lacaniens comme ceux d'Espace analytique se disent intéressés. Les freudiens pur sucre ne sont pas opposés, tout entiers dans leur guerre contre Jacques-Alain Miller, gendre de Lacan, qui, lui, s'interroge : «Il y a un risque d'une réorganisation plate.»
Au ministère de la Santé, on insiste : «La séance n'est pas finie. Ces décrets sont en concertation. Nous aurons une autre réunion pour analyser les propositions des uns et des autres». |
LA CONCERTATION AUTOUR DU STATUT DE PSYCHOTHERAPEUTE EST ENGAGEE |
Le ministère de la santé relance le projet de réglementation de l'usage du titre de psychothérapeute. La direction générale de la santé a réuni, mardi 10 janvier, une vingtaine d'associations représentant des psychologues, des psychiatres, des psychanalystes et des psychothérapeutes pour leur soumettre un avant-projet de décret d'application de l'article 52 de la loi du 13 août 2004.
Deux ans après le début de la polémique qui avait suivi l'amendement Accoyer, le ministère propose de soumettre tout professionnel souhaitant user du titre de psychothérapeute à l'obligation d'obtenir un nouveau master de psychopathologie clinique, qui devra respecter la "diversité" des écoles de pensée. Cet axe de travail, qui suscite des réserves parmi les professionnels, sera soumis à concertation jusqu'au 21 février, date d'une nouvelle rencontre entre la direction générale de la santé et les organisations professionnelles concernées.
L'amendement Accoyer, du nom de l'actuel président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, visait à réglementer l'usage du titre de psychothérapeute, au motif que cette pratique, actuellement utilisée par des milliers de professionnels selon des approches cliniques très différentes, ouvrirait la voie au charlatanisme. Après des mois d'âpres discussions entre opposants et partisans d'une réglementation, défenseurs de la spécificité de la psychanalyse et militants de l'évaluation scientifique dans le domaine de la santé mentale, le Parlement avait adopté une version finale de l'amendement. Un registre national des psychothérapeutes, dans lequel sont inscrits "de droit" médecins, psychologues et psychanalystes, était créé. Le texte précisait aussi qu'une formation minimale en psychopathologie clinique serait requise pour se prévaloir du titre de psychothérapeute.
Faisant une interprétation stricte du texte de loi, le ministère de la santé a décidé, dans son avant-projet de décret, que tous les professionnels souhaitant se prévaloir du titre de psychothérapeute devront se soumettre à cette formation, y compris les psychanalystes, qui pensaient pouvoir en être exemptés. Surtout, le ministère définit les grandes lignes du cahier des charges de ce nouveau diplôme, de niveau master. Cette formation viserait notamment à permettre aux futurs psychothérapeutes d'acquérir "une connaissance de la diversité des théories se rapportant à la psychopathologie et une connaissance des quatre principales approches de psychothérapie validées scientifiquement (analytique, systémique, cognitivo-comportementaliste, intégrative)".
"DÉVALORISATION DU TITRE"
Dans le contexte de guerre ouverte que se livre, depuis quelques mois, psychanalystes et thérapeutes cognitivo-comportementalistes, cette formulation a fait bondir des participants à la concertation. Président du Séminaire inter-universitaire européen d'enseignement et de recherche en psychopathologie et psychanalyse (Siueerpp), Roland Gori estime que "les pouvoirs publics prennent parti dans un débat épistémologique". "Alors que la psychanalyse a toujours constitué la référence de base des études de psychopathologie clinique, il s'agit, aujourd'hui, de la disqualifier au profit de l'instauration d'une psychothérapie d'Etat", s'insurge l'universitaire.
Bien que le ministère de la santé s'en défende, des organisations estiment que le projet revient à créer un nouveau corps de professionnels de la santé mentale. "Vu la pénurie annoncée de psychiatres, on va assister à un transfert de compétences vers ce nouveau diplôme, et on aboutira à une dévalorisation du titre de psychothérapeute, avec des praticiens peu ou mal formés", fait valoir Lilia Mahjoub, représentante de l'Ecole de la cause freudienne (ECF). "Cela revient à créer officiellement la profession de psychothérapeute, mais pas sur les bases que nous avons souhaitées, explique Michel Meignant, de la Fédération française de psychothérapie. Ces nouveaux praticiens n'auront pas même fait d'analyse personnelle, ce qui constitue pour nous la garantie minimale pour le patient pris en charge." |
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