J’ai été très « soulagée » et en même temps « inquiétée » de tomber sur les deux témoignages de Marie et Jacqueline, toutes deux victimes de la sophia-analyse (1). Car mon expérience avec cette thérapie remonte à plusieurs années (15 ans), et à l’heure actuelle, je ne me suis jamais remise de cette douloureuse expérience. Tout comme Marie, j’ai été « embobinée ». Ce qui m’a donné confiance au départ, c’est que la personne qui me « soignait » était un psychiatre et qui j’avais une image positive du médecin en général, à travers le médecin de famille que j’avais eu depuis ma plus tendre enfance. A l’époque, je terminais des études universitaires, et me posais beaucoup de questions sur mon avenir. J’ai eu les coordonnées de ce médecin un peu par hasard et je me suis retrouvée chez lui. Au début, cela m’a paru presque extraordinaire, tellement il me faisait miroiter des jours meilleurs et « faciles ». Je ne sais pas comment il est arrivé à cela, mais après quelques mois, je ne vivais plus que pour la sophia-analyse, j’allais en consultation jusqu’à trois fois par semaine en séance individuelle, ainsi que les groupes, à raison de deux fois par mois. Il me disait que en faisant cette thérapie, je faisais partie des « élus » et que je serais un exemple pour d’autres, qui n’avaient pas encore compris que tout le monde devrait faire de la sophia-analyse. Tout ce que j’avais fait avant a été complètement démoli par cet homme. Il ne jurait que par la sophia-analyse et dévalorisait tout le cursus que j‘avais eu jusque là. Je suis complètement tombée dans le panneau. Certains amis ont bien tenté de m’ouvrir les yeux mais je ne voulais rien voir ni entendre, et ma famille, respectant ma vie privée, n’osait pas s’immiscer dans ce que je vivais en thérapie. Ce qui me séduisait, c’est que des contacts physiques semblaient permis avec le thérapeute, et en tant que fille, semble-t-il c’était presque un passage obligé si je voulais résoudre mon « Oedipe ». Dans les groupes et lors du séminaire près de la ville de X, j’assistais à des témoignages complètement dingues, de femmes en particuliers qui étaient également les patientes de ce médecin et qui parlaient « d’aimer le corps du père » en parlant de lui. Je me rappelle d’une autre de ses patientes, souffrant de sclérose en plaques, et il prétendait que sa maladie était psycho-somatique et qu’elle en souffrirait encore tant qu’elle n’avait pas « osé » résoudre son Œdipe avec lui…( par exemple, il fallait oser mettre des mini-jupes et des bas résille…). Je ne me rappelle pas de tous les détails, mais je me souviens qu’il jouait énormément sur la séduction, très peu sur les compétences et refusait toute médication (entendez: prescription de médicaments). Lors de consultations, il essayait de me vendre des petits livrets ainsi que des livres d’Antonio Mercurio, le fondateur de cette mouvance thérapeutique, qui base tout sur l’Œdipe comme nœud de tous les « problèmes » que l’on peut rencontrer dans la vie. Comme j’étais devenue complètement dépendante de cette thérapie, j’avais abandonné tout ce que j’avais vécu avant ; j’ai vécu un véritable lavage de cerveau et un endoctrinement. Lorsque j’ai commencé, après trois années de cette thérapie, à me « réveiller », il était trop tard, le mal était fait, j’étais incapable de me reprendre en mains et retourner dans une vie normale. Ma réinsertion professionnelle, alors que j’étais sur le point d’obtenir un diplôme universitaire bien reconnu, a été très très dure et très lente, à cause de ce lavage de cerveau que j’avais subi. J’ai tout de même réussi à trouver du travail, me marier, avoir deux enfants, mais j’ai toujours gardé une grande fragilité à cause de cette épisode dans la sophia-analyse qui a démoli le meilleur de moi-même. L’argent est une forte motivation dans ce genre de groupe. Pour exemple, de la difficulté de quitter le groupe, la thérapeute femme de l’époque qui animait le groupe et qui représentait « la bonne mère » me disait que si je restais absente du groupe pendant une certaine période, cela avait un sens en termes thérapeutiques et que donc les séances dont j’étais « absente » devaient être payées. Après 15 ans d’ « absence », faites le calcul sur ce que je serais censée leur devoir…. Tout l’argent circulait en noir, sans traces, et les lieux de réunion étaient régulièrement modifiés. Je me rappelle, dans ma grande naïveté de l’époque avoir montré à mon thérapeute un nouveau portefeuille que j’avais reçu de ma marraine pour mon anniversaire, et il l’avait pris de mes mains pour le « sentir », car c’était du cuir je crois, et visiblement l’odeur lui plaisait beaucoup… J’ai eu des contacts physiques avec ce médecin. Après les étreintes, il ne disait jamais rien, parfois il se moquait de mon émoi et puis il me laissait repartir et je vivais un grand sentiment de vide en sortant de là, mais j’étais endoctrinée et je croyais devoir « passer par là ». Lorsque j’ai entendu parler de « formation », je m’y suis intéressée de loin, j’avais vu le contenu des « cours » par cette patiente souffrant de sclérose en plaques, et qui avait entamé la formation. Le contenu était totalement ridicule, « fumeux », mais le prix de la formation, lui, était complètement surfait, à l’époque, j’ai entendu parler de montants de l’ordre de 100.000 bef/an et que la formation durait « minimum » cinq ans car il fallait passer toute une série d’épreuves et de supervisions en tous genres… Lors des groupes, il nous déconseillait aussi vivement de nous rencontrer en dehors, car selon lui, cela pouvait nuire au bon processus thérapeutique. Il parlait un langage de haine, entre autres, qu’il fallait « entrer entièrement dans sa haine pour pouvoir la transfigurer en amour », amour pour les thérapeutes, bien-entendu, et haine pour tout le monde que l’on avait côtoyé avant (famille, amis, institutions reconnues). Lorsque j’ai commencé à le dénoncer en thérapie sur ses pratiques que je pointais du doigt, il a pris peur et a refusé de me soigner plus avant. J’ai essayé de faire des démarches pour porter plainte contre lui: ordre des médecins, cellule secte de la police, mais je ne sais pas les conséquences que cela a eues. Je reste depuis toujours très blessée de cette expérience qui a surtout bousillé les plus belles années de ma vie, m’a volé tout ce que j’avais intégré de bien avant, et m’a volé des centaines de milliers de francs. Ce médecin sévit toujours pour le moment, et j’ai bien peur qu’il ne perpétue d’autres dégâts auprès de personnes fragiles. Je garde depuis toutes ces années une rancœur farouche contre ce médecin et j’espère secrètement depuis toutes ces années que justice se fasse, qu’il soit mis hors d’état de nuire, ainsi que tous les gourous qui se revendiquent de la sophia-analyse. J’espère qu’à travers ce témoignage, cela fera tache d’huile, et qu’avec d’autres personnes, on arrivera à mettre ce mouvement sectaire hors d’état de nuire et demander réparation sur le plan judiciaire (dommages et intérêts). Je voudrais aussi dire aux personnes qui liraient ce témoignage, qu’il y a encore de bons médecins, intègres et compétents, et qu’elles doivent être vigilantes sur la qualité des soins qu’elles sont en droit d’attendre. Je voudrais également dire à cette femme dont le mari a également été « happé » par la sophia-analyse qu’elle voit très clair dans le processus d’endoctrinement et qu’elle ne doit pas se culpabiliser. Comment réparer tous ces dégâts ??? (1) http://www.psyvig.com/default_page.php?menu=35&page=15 et http://www.psyvig.com/default_page.php?menu=35&page=17 |