Selon la définition de Michel Monroy et d’Anne Fournier (in La Dérive sectaire, PUF, 1999) , la dérive sectaire est « la construction d’une allégeance inconditionnelle au sein d’un isolat culturel autoréférent, à caractère expansif dans différents domaines de la vie individuelle et social ». Cela signifie globalement que l’individu la subissant commence à s’attacher à des idées véhiculées par une personne ou un groupe différentes des idées habituellement partagées par le consensus social. Ces idées – instillées, suggérées ou enseignées – amènent celui qui les reçoit à modifier ses repères, ses représentations, ses relations et ses projets.
La personne ou le groupe initiateur de l’idée prend une importance croissante dans la vie quotidienne du sujet. L’attrait devient insensiblement attraction, appartenance, dépendance. De la séduction à la subordination, la frontière est mince. Les activités sociales ou culturelles habituelles sont délaissées peu à peu. La liberté individuelle se délite. L’intéressé devient insensiblement un « captif libre » (Jean-Marie Abgrall). Sa vie personnelle lui échappe, désormais dirigée et conditionnée par le manipulateur psychosectaire.
Cet engagement coûte en général de l’argent. Les versements ou règlements, plus ou moins modestes, réitérés de façon ponctuelle ou régulière, finissent par prendre une place importante dans le budget. Le fait d’être relié à cette personne ou à cette idée décalée, présentée ou jugée comme « innovante », emplit d’une certaine fierté. L’ego est flatté, le Moi idéalisé. L’adhésion à la personne et au groupe devient un signe de reconnaissance. A qui en revient le mérite ? A moi bien sûr, dont mes nouveaux amis disent tant de bien, mais aussi et avant tout à celui qui m’a jugé digne de sa confiance et de son enseignement. La dépendance s’instaure insidieusement.
Dans un premier temps, la situation demeure sous contrôle et son évolution se fait sans trop de dégâts. Le basculement sectaire s’instaure définitivement lorsque, après s’être éloigné insensiblement ou avoir pris peu à peu ses distances, l’individu rompt avec ses proches, ses centres d’intérêt traditionnels, sa profession légitimée par les instances sociales ; que son investissement financier en faveur de la personne, du groupe ou de sa raison d’être, devient considérable, l’obligeant parfois à des emprunts ou à des ventes d’objets auxquels il tenait jusqu’alors ; que des pratiques et croyances nouvelles et singulières envahissent son champ de pensée et d’action ; que des diètes, des jeûnes et l’absorption réglée ou ritualisée de nouveaux produits destinés à purger le corps et à purifier l’esprit le conduisent à bouleverser ses habitudes alimentaires ; que son attachement au groupe devient une dépendance narcissique totale, indispensable, vitale. La victime se croit libre. Le groupe est devenu la vraie famille. En dehors de lui, point de salut.
Pareil processus est parfois visible : des communautés bien constituées existent. Certaines sont marginales, plus ou moins secrètes et vivent chichement ; d’autres sont puissantes, expertes en communication et possèdent des immeubles luxueux. Les idées et discours délirants des unes comme des autres sont généralement connus. Mais il arrive que des demandeurs de soin en quête d’équilibre et de développement personnels deviennent les proies fascinées et admiratives de leur thérapeute pathogène qui se croit investi d’une mission jugée « supérieure ». Celle de « sauver le monde » par exemple. Les dérives sectaires sous prétexte de psychothérapie ou de formation à la psychothérapie sont particulièrement pernicieuses et insidieuses. Psychothérapie Vigilance s’applique à en révéler les leurres et les pièges. |