Association loi 1901       
    
Psy… Vous avez dit psy ! Mais de quoi et de qui parlons-nous ? Les sigles et les abréviations sont souvent commodes, mais que recouvrent-ils en fait ? Un psy peut en cacher un autre. Une personne avertie en valant deux, il importe de prendre le temps de distinguer le vrai psy du faux, le professionnel formé et conscient de ses devoirs du pseudothérapeute autoproclamé à la formation non agréée par l’Etat. Psychiatre ? Psychologue clinicien ? Psychanalyste ? Psychothérapeute ? Psy… Et si nous allions jusqu’au bout des mots ?
 

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LA MEDIATION IMPOSSIBLE

      par Jacques TROUSLARD
      

« Les sectes sont une drogue psychique et un viol psychique.
      Seule la Justice peut délivrer les victimes innocentes
et condamner les coupables. »
      
      

Il est souvent reproché aux familles et aux associations qui prennent la défense des victimes des sectes de ne pas s’engager dans un processus de médiation avec les sectes pour résoudre les conflits par le dialogue et non par voie judiciaire.
      
      Lors d’un procès, il est courant que l’avocat de la secte demande au Président du Tribunal ou de la Cour de questionner le prévenu pour savoir si celui-ci a pris le soin, avant que d’attaquer la secte à partir de rumeurs diffamatoires, de discuter avec l’adepte, de rencontrer les responsables de la secte. Habile astuce de plaidoirie pour dénoncer la mauvaise foi du prévenu.
      
      L’expérience prouve que le dialogue, la concertation avec l’adepte est impossible. Privé de liberté, l’adepte affirmera haut et clair, qu’il est entièrement libre, qu’il est entré librement dans le groupe, et qu’il peut en sortir librement, que c’est sa famille ou ses proches, qui portent atteinte à sa liberté d’appartenance à son groupe. Et au cas où la secte serait assignée en Justice, il sera prêt à venir défendre envers et contre tout le responsable et les membres de la secte. Pour défendre sa secte, il n’hésitera pas à contrefaire la vérité.
      
      Ce comportement s’explique parfaitement en analysant le processus de la manipulation mentale spécifique pratiquée dans une secte. Spécifique, parce qu’elle est sectorielle, ce qui veut dire qu’elle ne touche qu’un secteur de la vie, à savoir que l’adepte perd ses capacités de réflexion, de discernement et de décision, son esprit critique et son libre arbitre, uniquement en ce qui concerne les théories et les pratiques de la secte. Pour le reste de sa vie, professionnelle, familiale, il peut être absolument normal. C’est ce qui explique le comportement de l’adepte lorsqu’il est traduit devant la justice ou le psychiatre, auprès desquels il fera preuve de ses qualités intellectuelles ou humaines.
      
      En 1984, dans Les Sectes, son premier opuscule sur le sujet, Roger Ikor, le fondateur du Centre Contre les Manipulations mentales, écrivait : « Comment libérer un jeune déjà subjugué par la secte ? Subjugué, cela veut dire que la secte a étouffé son esprit critique et qu’il n’est plus psychologiquement en état de choisir… Pour se rendre compte de sa situation, l’adepte doit déjà y avoir échappé ; esclave, il se croit libre, il ne peut constater son asservissement que s’il a recouvré sa liberté. En fait, aucun argument n’a de prise sur lui, à proportion même de sa sincérité et de son fanatisme sectaire ; toute discussion est vaine». (p. 53)
      
      
      Quant à la médiation avec la secte, elle est parfaitement impossible. On reproche souvent aux associations improprement appelées anti-sectes de «ne pas chercher à établir un dialogue avec les groupements qu’ils désignent sous le nom de «sectes». Le sens commun veut que deux parties en conflit soient réunies pour trouver ensemble la solution à leur problème».
      
      Le sens commun est bien obligé de reconnaître qu’il est des cas où il est impossible que les deux parties en conflit puissent se rencontrer pour trouver ensemble la solution à leur problème. C’est vraisemblablement la raison pour laquelle chaque Etat établit une autorité judiciaire libre et indépendante, chargée de déterminer et de préserver les droits des parties.
      
      Il tombe sous le sens que des parents dont l’enfant se drogue n’obtiendront aucun résultat en discutant avec leur dealer. De même que des parents dont l’enfant est pris dans un réseau de prostitution, ne parviendront pas à une solution en discutant avec les proxénètes. Il en va de même pour les sectes, qui sont une drogue psychique et un viol psychique. Aucune médiation n’est possible. Seule la Justice peut délivrer les victimes innocentes et condamner les coupables.
      
      Tous les gourous ont bien conscience de cette impossibilité de concertation avec l’adepte ou de médiation avec la secte. Expert en la matière, décrivant à la perfection ce qu’il connaissait pour le pratiquer à grande échelle depuis des années, le fondateur de la secte de Saint-Erme a écrit d’ailleurs ceci au sujet des adeptes : «Ces gens sont comme prisonniers d’une cage de verre, étanche et transparente : de l’extérieur, ils ont l’air d’être comme tout le monde, mais quand on leur parle, notre voix ne leur parvient pas (…) Avec eux, il devient rapidement impossible de dialoguer. Aucun argument venu du dehors n’a de prise, car leur mémoire et leur réflexion critique sont pétrifiées. Bien au contraire, toute tentative de discussion sera prise pour une manœuvre et provoquera un renforcement hérissé de la cohésion» (in Alors survient la maladie, p.51)
      
      C’est justement parce qu’ils connaissent cette impossibilité de communication et de médiation avec les adeptes et avec les sectes, que les gourous, dans leur campagne médiatique d’intoxication, proposent que les « deux parties en conflit soient réunies pour trouver ensemble la solution à leur problème». 
      
      Reprocher de ne pas « s’engager dans un processus démocratique et de résolution des conflits» est donc, tout simplement, recourir à un argument ad hominem, fallacieux et vicieux.(1)
      
      Il y a cinquante-cinq ans, en 1948, Albert Camus déclarait :"Je n'essayerai pas de modifier rien de ce que je pense ni rien de ce que vous pensez (pour autant que je puisse en juger) afin d'obtenir une conciliation qui nous serait agréable à tous. Au contraire, ce que j'ai envie de vous dire aujourd'hui, c'est que le monde a besoin de vrai dialogue, que le contraire du dialogue est aussi bien le mensonge que le silence, et qu'il n'y a donc pas de dialogue possible qu'entre des gens qui restent ce qu'ils sont et qui parlent vrai"

(1) Texte inédit mis en ligne le 15 mai 2003.
      

* Le Père Jacques Trouslard est prêtre «incardiné» au diocèse de Soissons. Il a abandonné son poste de Vicaire Général pour se consacrer exclusivement au combat contre les sectes depuis vingt ans. Il est chevalier de la Légion d’honneur et de l’Ordre national du Mérite en reconnaissance d’une vie de combat pour les droits de l’homme. 
      A la rubrique « Nos invités », on lira avec intérêt l’entretien que Jacques Trouslard a accordé le 18 mars 2003, à Guy Rouquet, président de Psychothérapie Vigilance.

Sommaire
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SECTES ET DERIV...
   DE LA PSYCHOTHERAPIE A L’ALLEGEANCE SECTAIRE
   LA DERIVE SECTAIRE
   PRATIQUES MEDICALES ET SECTES
   III - INCIDENCES DEONTOLOGIQUES.
   DANS LE CADRE DES PSYCHOTHERAPIES, DECELER LES FACTEURS DE RISQUES SECTAIRES
   QU’EST-CE QU’UNE SECTE ?
   LE MARCHE DE LA FORMATION ET LE RISQUE D’EMPRISE SECTAIRE DANS LES ENTREPRISES *
   SECTES ET ENTREPRISES : PRATIQUES SECTAIRES ET ACTIVITES PROFESSIONNELLES
   COMMENT LE PHENOMENE SECTAIRE SE BANALISE
   LE POUVOIR DES SECTES EN AMERIQUE LATINE
   DE X-FILES A LA SECTE : LA RECHERCHE D'UNE AUTRE VERITE
   SECTES ET RELIGIONS
   QUAND LES PRETOIRES DEVIENNENT TRIBUNES POUR LES SECTES
   ENTRER DANS UNE SECTE RESULTE-T-IL D’UN CHOIX ?
   LA DERIVE SECTAIRE : L’APPROCHE PSYCHOLOGIQUE
   LA MEDIATION IMPOSSIBLE
   LES SECTES A L'ASSAUT DE L'ENTREPRISE
   HISTOIRE D'URGENCES : SECTE IN THE CITY
   FAMILLES, DEVEZ-VOUS CRAINDRE LES SECTES ? (Belgique)
   UNE SECTE SOUPCONNEE DU RAPT D’UN ENFANT DE DOUZE ANS
   « MÊLEES CELESTES » A LA SECTE ?
   SECTES : "NOUS SOMMES TOUS VULNERABLES"
   SECTES : DE LA PATHOLOGIE A LA CRIMINALITE
   LES ENTREPRISES FACE AU RISQUE SECTAIRE
   SECTES : LE RAPPORT ANNUEL 2007 DE LA MIVILUDES DENONCE LES NOUVELLES DERIVES
   "EN FRANCE, LES SECTES SONT "UN VRAI PROBLEME" par Jacques TROUSLARD
   SECTES ET PSYCHOSECTES HALLUCINOGENES: "DROGUES POUR "VOIR" DIEU." TEMOIGNAGE.
   "GRANDE ENQUÊTE SUR LA SCIENTOLOGIE : UNE SECTE HORS-LA-LOI"
   DERIVES SANITAIRES, SECTAIRES ET THERAPEUTIQUES... ENTRETIEN D'HELENE DELMOTTE AVEC JEAN-MICHEL ROULET, PRESIDENT DE LA MIVILUDES
   SECTES SUR INTERNET : L'IMPUNITE
   COMMENT LES SECTES INFLUENCENT LES GOUVERNEMENTS EUROPEENS
   DERIVES THERAPEUTIQUES, DU PHENOMENE DE MODE AUX SECTES...
   SECTES : JEAN-MICHEL ROULET REPOND AUX QUESTIONS POSEES PAR LES INTERNAUTES
   SOUS COUVERT THERAPEUTIQUE, DE NOUVELLES SECTES SE DEVELOPPENT
   BWITI, SECTE INITIATIQUE HALLUCINOGENE: IBOGA, DECES, FETICHISME ET PROFANATION DE SEPULTURES...
   LE CULTE DU "THE" FAIT HALLUCINER LES ETATS-UNIS...
   DERNIERES MESURES PRISES POUR LUTTER CONTRE LES SECTES (J.O 2010)
   LES CARTELS DE LA DROGUE ET LE RECOURS A LA RELIGION : "UN MELANGE EXPLOSIF"
   AYAHUASCA DANS SECTES ET COMMUNAUTES RELIGIEUSES (ALERTE EN ITALIE)
  
A lire sans faute, à lire d’urgence « PSYCHOTHERAPIE, DEMOCRATIE ET LOI », le nouveau livre de Martine MAURER, diffusion et distribution par les Editions Thélès (mise en librairie : 15 septembre 2005).


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