PsyVig.com - [ Manipulation Mentale ] - PERVERS NARCISSIQUE ET PERVERSION RELATIONNELLE




PERVERS NARCISSIQUE ET PERVERSION RELATIONNELLE

      par Martine Maurer *
      

Selon Alberto EIGUER (« Le Pervers narcissique et son complice », Ed. Dunod, 1996), « Les individus pervers narcissiques sont ceux, qui sous l’influence de leur Soi grandiose, essaient de créer un lien avec un second individu, en s’attaquant tout particulièrement à l’intégrité narcissique de l’autre afin de le désarmer. Ils s’attaquent aussi à l’amour de soi, à la confiance en soi, à l’auto-estime et à la croyance en soi de l’autre. En même temps, ils cherchent, d’une certaine manière, à faire croire que le lien de dépendance de l’autre envers eux est irremplaçable et que c’est l’autre qui le sollicite ».
      
      Dans la perversion relationnelle, la personne recourant à des mécanismes pervers narcissiques s’applique tout d’abord à séduire en mettant en place une « convivialité » feinte, - notamment en proposant au patient le tutoiement, le recours à l’appellation par le prénom, en introduisant un mode de salutation familier (bise, embrassade, accolade, étreinte…). Pour mener à bien son entreprise de séduction, elle commence par édifier une image agréable d’elle-même afin d’alimenter le transfert positif du patient. L'accueil se caractérise par une véritable mise en scène, pleine de chaleur et de réponses gratifiantes. Une fois le lien convenablement établi, le pervers introduit dans son attitude, qui restera chaleureuse en surface, des remarques surprenantes, des critiques déguisées, des remises en question des paroles et des pensées de son patient, toutes sortes de manipulations subtiles et déstabilisantes.
      
      Ces manœuvres sont présentées comme étant indispensables à l’avancée du travail thérapeutique, comme des confrontations indispensables que le thérapeute se doit de faire. Ce dernier affirmera que si elles sont mal tolérées c’est parce que le patient est dans la résistance ou ne sait pas réellement accepter ce qui est dit de lui. Il peut lui être rétorqué, s’il réagit, qu’il est dans un transfert négatif ou dans un comportement inadapté. Le pervers narcissique attaque la cohésion narcissique de toute personne placée en situation de dépendance avec lui.
      
      Son mécanisme pervers l’amène à exceller dans des alternances de gentillesse empressée et d’apostrophes dévalorisantes qu’il estime fondées et qui, selon sa représentation, n’ont absolument pas à être mal supportées. En réalité, celui qui recourt à des mécanismes pervers narcissiques ne sait pas considérer son vis-à-vis comme une personne à part entière capable de ressentir des sentiments. L’autre est davantage une sorte de masse inerte à malaxer qu’un être reconnu comme humain. Il est fondamental que cet autre adhère à toute représentation et à toute croyance émanant du pervers. La vérité du pervers relationnel est la seule qui vaille à ses yeux.
      
      S’il se fonde sur une théorie pour travailler, c’est qu’elle est la seule valable selon lui. D’ailleurs, dans sa relation avec son patient, il prend le temps de se situer en battant en brèche les autres théories et méthodes, qu’il juge toujours inappropriées et limitées. Il dénigre également les autres praticiens en soulignant combien, dans les autres pratiques, il y a d’abus et d’évènements d’assujettissement exagéré. En fait, le pervers définit de la sorte son propre comportement. Il est le prototype même de ce qu’il critique et récuse chez les autres. Ce sont les autres théories, les autres méthodes et les autres praticiens qui font courir des risques inconsidérés. Avec lui, pas de danger de mise sous tutelle. Les incompétents et les manipulateurs, ce sont les autres. Si le patient se plaint qu’il ne va pas mieux ou qu’il va plus mal, le pervers lui explique que cela ne l’étonne pas, qu’à l’évidence il ne fait pas tout ce qu’il faut faire ou faudrait faire. L’enjeu permanent est de tuer la confiance que l’autre peut avoir en lui-même et en sa pensée. Le but recherché par le pervers est que la dépendance soit complète tout comme l’asservissement à ses idées et croyances.
      
      Si la fausse thérapie se passe en groupe, le pervers narcissique déclenche souvent, de manière insidieuse, des mouvements de bouc émissaire désignant un patient comme mauvais et stimulant les autres patients dans cette représentation. Cette option a pour objet de lui assurer en fait l’attachement et la soumission de la totalité des membres du groupe car, alors que le bouc émissaire s’active pour démontrer qu’il n’est pas ce qu’on lui reproche d’être, les autres patients consacrent beaucoup d’énergie à correspondre à ce que le pervers attend d’eux pour ne pas se trouver à leur tour dans une situation de bouc émissaire. Dans ce type de groupe, la dépendance est durable. Le pervers narcissique se préoccupe avant tout de lui-même. Son client demeure pour lui un objet d’expérience. Pourquoi cesserait-il de jouer avec lui comme le chat avec la souris ? Entretenu dans l’illusion de la guérison, le patient de croire qu’il est tombé entre de bonnes mains.
      
      Dans les dynamiques perverses, des idées condamnées par la loi, vont être distillées ou « injectées » dans l’esprit des patients ; par exemple : la pédophilie n’est pas forcément grave, l’inceste n’est pas forcément à dénoncer, frapper un enfant n’est pas forcément un acte inadmissible, faire l’amour avec son thérapeute n’est pas forcément inducteur d’un traumatisme... Sur tous ces sujets, les réactions de la société sont considérées comme exagérées. De même, sera permise ou encouragée l’exploration du toucher entre participants, y compris avec le thérapeute; si manifestation jouissive à teneur sexuelle il y a, cela sera nommé comme non grave ou souhaitable. Dans ces types de groupe, des personnes vont parler d’actes hors normes. L’animateur pervers laissera dire, insistera même sur le fait que ce qui est dit ne pose aucun problème en soi, que l’important c’est la parole… Il complimentera au besoin ceux qui se seront exprimés sans retenue. A aucun moment il n’évoquera la suite à donner à de pareils actes, leurs conséquences, leurs dommages, leurs séquelles…

* Martine Maurer a publié en octobre 2001, aux éditions Hommes et Perspectives, « Comment choisir son psychothérapeute ? - Attention risque de pratiques déviantes. » Les constatations qu’elle établit, les interrogations qu’elle pose et les réflexions qu’elle développe expliquent dans une assez large mesure la création du site www.PsyVig.com . Psychothérapie Vigilance reprend volontiers à son compte cette observation d’Anne Fournier : « Le livre de Martine Maurer vient à point pour alimenter un débat qui ne fait que commencer sur une profession en plein développement, mais de plus en plus largement contestée. »