Les patients commencent une RMT avec l'espoir qu'ils iront mieux une fois qu'ils auront retrouvé leurs souvenirs refoulés. Mais, en règle générale, leur vie devient bien plus compliquée. Le patient qui présente un FMS est souvent brouillé avec celui qui a "perpétré" l'acte (souvent le père). S'il a de jeunes enfants, ceux-ci seront également interdits de contact avec le "perpétrateur". Les relations avec les autres membres de la famille sont conditionnées par l'acceptation par eux des croyances du patient. Les thérapeutes peuvent organiser avec des parents une "réunion familiale" pour confondre le "perpétrateur" au cours d'une confrontation préparée. Les membres de la famille sont d’ordinaire trop choqués et trop désorganisés pour répondre de façon cohérente aux accusations. La logique de ce scénario est que, puisque les "survivants" se sentent impuissants, il faut leur donner du pouvoir. Les patients FMS peuvent dénoncer tardivement des crimes auprès de juridictions compétentes, et peuvent aller jusqu'à porter plainte contre les "perpétrateurs". Un avantage évident pour les thérapeutes est que dans beaucoup d'États une affaire criminelle permet que les factures soient payées par un fonds d'aide aux victimes. Préoccupé par la tâche perpétuelle de "retrouver ses souvenirs", le patient en arrive à négliger des problèmes plus pressants avec son couple, sa famille, l'école ou sa carrière. Souvent l'investissement en temps et le coût de la thérapie elle-même entraîne des perturbations majeures. Pendant la thérapie, les thérapeutes disent à certains de leurs patients que leurs changements d'humeur ou de manière de voir pendant le cours d'une semaine sont le symptôme de différentes personnalités refoulées avec les souvenirs. Ils avisent leurs patients qu'ils présentent aussi des troubles dus à des personnalités multiples (Multiple Personality Disorder, MPD) et que leur guérison exige que chaque personnalité devienne consciente des autres, de manière à permettre une "réintégration". "The Three Faces of Eve" (les trois visages d'Ève) en rajoute, et certaines femmes en arrivent à croire qu'elles abritent des douzaines de personnalités cachées (des "alters"), avec chacune leur propre nom et leurs propres caractéristiques: certains "alter" peuvent être des hommes ou même des animaux. Un nombre croissant de psychiatres et de psychologues en est venu à considérer les MPD comme un phénomène produit et renforcé par l'environnement, car ce diagnostic existait à peine il y a dix ans. Dans les zones où la controverse n'existe pas, une fois le MPD diagnostiqué, le coût de la thérapie peut devenir astronomique. Certains patients se persuadent que l'abus dont ils ont été victimes est un abus rituel satanique (Satanic Ritual Abuse, SRA), dû à la participation de leurs parents à un culte satanique secret. Certains thérapeutes croient que le SRA est l'œuvre d'un vaste réseau souterrain aux États Unis. Un clinicien, dans un cycle de conférences, expliquait à des audiences médusées que ce culte avait été introduit aux États-Unis par un juif hassidique que les Nazis protégeaient parce qu'il leur avait révélé les secrets de la Cabale et que ce groupe avait été intentionnellement introduit aux États-Unis par la CIA après la guerre pour les aider dans des recherches sur le contrôle de l'esprit. Aucune évidence, à part les "souvenirs retrouvés" n'a jamais prouvé qu'un tel culte existe. Les thérapeutes qui font des conférences sur le sujet ont balayé ce manque de preuves en expliquant qu'il ne peut exister de transfuges à cause du secret garanti par le lavage de cerveau et la terreur. Par miracle, aucun de ces soi-disant "experts en cultes sataniques " n'a jamais été la cible d'assassinats. L'ENTRETIEN ET LA MAINTENANCE DES FAUSSES MÉMOIRES FMS met en jeu une combinaison de perceptions fausses et de fausses croyances. Le nouvel FMS est encouragé à se "connecter" avec un environnement qui renforcera son état FMS et est encouragé à se "déconnecter" de gens ou de sources d'information qui pourraient le conduire à remettre en question les résultats de la RMT. La sous-culture FMS est une culture de victime. Même s'ils n'ont pas entrepris de chimiothérapie contre un cancer, ou s'ils ne sont pas ressortis indemnes d'un accident d'avion, on dit aux patients FMS qu'ils sont des "survivants". Cela devient une sorte de nouvelle identité, donnant aux patients FMS le sentiment d'un lien étroit avec d'autres "survivants" d'abus sexuels. Des patients vont souvent faire partie de "groupes de soutien aux survivants", s'abonner à des lettres destinées aux "survivants", ou même assister à des conventions de "survivants" (parfois avec leurs thérapeutes). Pour certains, cela donne à leur vie, vide auparavant, un but et un sens grisants. Ils lisent des livres trouvés dans la section "Guérisons" des libraires. Le livre le plus connu, « The Courage to Heal » (« Le courage de guérir), est pesant et cultivé, ce qui lui donne de l'autorité. Ses auteurs, Laura Davis et Ellen Bass n'ont aucune formation en psychologie ou psychiatrie. Ce livre de poche, qui ne coûte que 20 $ a été vendu à 700.000 exemplaires. On demande aux patients d'éviter le dialogue avec des amis ou des parents sceptiques, car cela empêcherait leur "guérison". Les "perpétrateurs" qui proclament leur innocence ne peuvent pas être pris au sérieux, ils sont en "déni" et incapables de dire la vérité, leur explique t-on. En plus de ces influences sociales, les gens, par nature, refusent souvent de se voir dans l'erreur. Cela peut être terriblement douloureux de reconnaître que l'on a fit une grave erreur, spécialement quand des conséquences nuisibles en ont résulté. La RMT exploite la tendance, présente chez chacun de nous, de rendre les autres responsables de nos propres problèmes et de nous accrocher à des réponses simples aux problèmes compliqués de la vie. Le thérapeute RMT suggère que, en plus de détruire complètement une enfance, les abus sexuels subis par les enfants peuvent tout expliquer et expliquer tout ce qui ne vas pas à l'âge adulte. RMT est le dernier cri de la thérapie pour enfants pleurnicheurs. COMMENT LA MÉMOIRE FONCTIONNE-T-ELLE RÉELLEMENT ? Dans la théorie freudienne du refoulement, l'esprit bannit automatiquement de la mémoire les événements traumatisants, pour se protéger d'une anxiété accablante. Freud ensuite découvrit que les souvenirs refoulés créent des "névroses" que l'on peut guérir en rendant ces souvenirs conscients. Tout cela a été enseigné en psychologie, et est considéré comme un truisme par les romanciers et par les scénaristes, mais cela n'a jamais été prouvé scientifiquement d'une manière rigoureuse. Freud, s'il était en vie aujourd'hui, serait « traumatisé » de voir comment la RMT a redéfini son concept favori. Alors que Freud parlait du refoulement d'événements traumatiques isolés, les thérapeutes d'aujourd'hui maintiennent que des douzaines d'événements traumatiques similaires se produisant sur des années sont refoulés avec une efficacité de 100 %, quelques minutes après leur occurrence. Le syndrome bien connu des troubles dus à un stress post-traumatique (Post Traumatic Stress Disorder, PTSD) nous montre que des événements traumatiques vérifiables, plutôt que de disparaître de la mémoire, laissent les victimes de ce traumatisme hantées par des souvenirs importuns durant lesquels elles revivent leur traumatisme. Pour ceux qui étaient dans les camps de concentration nazis, ou qui ont subi la torture comme prisonniers de guerre au Vietnam, cela peut devenir un problème handicapant leur vie durant. Les gens oublient la plupart des choses qui leur arrivent, y compris des événements qui étaient significatifs pour eux lorsqu'ils se sont produits. Si un événement est perdu pour la mémoire, il n'y a pas de moyen objectif de savoir s'il a été "refoulé" ou simplement oublié. Et il n'y a pas de raison que les souvenirs d'abus sexuels soient traités différemment des souvenirs de mauvais traitements physiques ou de chirurgie d'urgence durant l'enfance. Des événements qui sont sortis de la mémoire ne peuvent pas être rappelés avec l'exactitude d'une cassette vidéo. Les gens n'oublient pas seulement, dans leur totalité, des événements insignifiants, mais aussi des événements significatifs. On se souvient de certains événements (traumatiques ou non), mais avec des détails significatifs altérés. Une étude portant sur une école dont les élèves avaient été attaqués par un sniper montrait que certains d'entre eux, qui n'étaient pas sur place lors de l'attaque, prétendaient en avoir des souvenirs personnels. Ces faux souvenirs étaient manifestement inspirés par le fait d'avoir entendu les histoires de ceux qui avaient réellement subi le traumatisme. Des souvenirs peuvent être délibérément déformés chez des adultes en leur présentant un ensemble d'informations visuelles et en les exposant ensuite à une désinformation verbale sur ce qu'ils ont vu. Cette désinformation s'incorpore souvent à la mémoire, contaminant au bout du compte ce dont on se souvient. Certains patients ont effectivement été abusés sexuellement durant leur enfance, et se sont toujours rappelé ces abus. Ils n'ont pas besoin d'une aide spéciale en "mémoire retrouvée" pour dire à leur thérapeute ce qui leur est arrivé. cf. page suivante. |