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TAKIWASI: "L'AYAHUASCA, LE SERPENT ET MOI" ANALYSE DU FILM PAR JACQUES TROUSLARD

Le film «L’Ayahuasca, le serpent et moi», écrit et réalisé par Arnaud Bernardi, avec la participation du docteur Jacques Mabit, (premier conseiller technique) et de Flavien Simon (qui a effectué un stage au Centre péruvien de Takiwasi), devait être diffusé sur France 5 au printemps 2004. En fait, il fut retiré de la programmation en raison d'une actualité judiciaire et du danger de promotion d'un produit« considéré en Europe comme stupéfiant». En France, suite à diverses péripéties juridiques, l’interdiction de l’ayahuasca est effective depuis l’arrêté du 3 mai 2005, complétant celui du 22 février 1990 fixant la liste des substances classées comme stupéfiants (Journal Officiel n° 102, page 7636, texte n° 18).
Ce film vise à présenter le Centre Takiwasi sous un jour humanitaire favorable: «Takiwasi est un centre de désintoxication pour toxicomanes qui fonctionne depuis douze ans, clinique unique en son genre, où les patients effectuent un séjour de neuf mois et qui accueille un millier de participants par an. Les soins y sont gratuits pour les toxicomanes indigents. Vivent ensemble des Péruviens, des Sud-Américains, et aussi quelques Européens.(1)
Pourtant, le spectateur en mesure de voir cette œuvre reste plus que perplexe, voire sceptique et interloqué, tant apparaissent contradictoires, sinon condamnables, les théories et les pratiques médicales, culturelles, religieuses et financières qu’elles mettent en avant : «Ici, on soigne les malades en modifiant de façon transitoire leur état de conscience : autant de techniques indiennes qui demeurent un mystère pour nos scientifiques. Difficile de comprendre en quelques jours ces méthodes qui semblent irrationnelles».


UNE CURIEUSE MEDECINE

La découverte originale de cette nouvelle médecine
Le commentaire de la présentatrice essaie de nous rassurer en nous présentant Jacques Mabit, le maître des lieux : «Le patron de cette clinique très spéciale est un authentique docteur en médecine, bardé de diplômes, qui voyage dans le monde entier».
Un authentique docteur en médecine…! La précaution oratoire est bien singulière. Existerait-il donc des docteurs en médecine qui ne soient pas authentiques? Le Dr Mabit serait-il soupçonné de ne pas être authentique dans l’exercice de sa profession?
Mais ce sont les propos pour le moins stupéfiants de l’intéressé qui saisissent le spectateur lorsqu’il se met à raconter comment, en recourant à l’ayahuasca, une nouvelle médecine lui a été révélée : «Curieusement, le Centre Takiwasi qui est une réalité physique, matérielle, raisonnable, si je puis dire, naît d'une information, qui est irrationnelle, puisque ça s'est passé à travers une session d'ayahuasca, avec une vision dans laquelle je voyais des personnages qui formaient une sorte de jury et qui m'ont dit: «Nous sommes les esprits gardiens de la forêt». Ce qui n'appartient pas spécifiquement à ma culture. C'était très étonnant pour moi. Et ils m'ont demandé qu'est-ce que je voulais, qu'est-ce que je souhaitais, pourquoi j'étais devant eux. J'étais debout devant eux. C'était très impressionnant comme vision, mais c'était une sensation d'un vécu tout à fait réel. Alors je leur ai dit que je souhaitais apprendre cette médecine. Donc ils se sont consultés. Et celui qui était au centre m'a dit: « Eh bien, d'accord. Tu es autorisé à pénétrer sur ce territoire. Mais voilà par quoi ça va passer, voilà ce que tu vas devoir faire ». Et là, je me suis vu moi-même traiter les toxicomanes». (…) «» «Au bout de trois ans, j’ai de nouveau une vision: c’est une femme qui est apparue et qui m’a dit: «il faut commencer à travailler avec les toxicomanes». Alors, j’ai essayé de négocier. Elle m’a dit: «Quand un enfant va naître, il a un temps de gestation pour se préparer puis après il va naître».

Le régime, les conditions de vie, le traitement, les rituels provoquent, chez les patients, une véritable destruction physique et psychologique:

Destruction physique: 
-
 «Chaque patient (…) restera seul en forêt durant huit jours, avec un régime alimentaire sévère : sans viande, ni sucre, et surtout avec la suppression totale du sel... boire trois litres d'eau».

- «le rituel de la purge : pas d'accès à une session d'ayahuasca sans passer par l'opération préalable de la purge», avec «pour commencer» «la plante yawar panga».
- «le but : éliminer les déchets toxiques accumulés dans le corps du toxicomane grâce à des plantes purgatives».
- «ces plantes provoquent une évacuation par la bouche, par l'anus, diarrhées, vomissements, sueurs, sauna ...».
- «le breuvage augmente considérablement le taux de sérotonine circulant dans le cerveau».
- «J'étais à jeun depuis le matin. J'avais pas grande-chose à vomir. Mais ça sortait, il y avait plein de choses qui sortaient par les oreilles, par le nez, par les yeux, les larmes, et tout. Vraiment physiquement, matériellement, il y avait beaucoup de choses qui s'évacuaient comme ça».

- «le rituel de la diète : «Pas d'accès non plus à une session d'ayahuasca sans l'autre opération préalable qu'est la diète».
- «ça fait cinq jours que je jeûne».
- «chaque patient fait une longue marche dans la forêt pour s'isoler».
- «Je ne dors pas beaucoup .. .je suis très fatigué. Je n'ai plus la force de marcher pour aller à la rivière».
- «la vue devient hypersensible. Tous les sens sont exacerbés».

- «le rituel de la terre : Rafel reste enseveli environ 30 à 35 minutes. «Le rituel consiste pour moi à rendre ce que je ne veux plus à la terre et je vais lui demander qu'elle me donne ce qui est bon pour moi».
- «Rafel vient de pratiquer son dernier rituel: celui de la terre sa désintoxication est terminée».

Tout au long de l'émission, les images reviennent, de plus en plus insoutenables, pitoyables: vomissements perpétuels, angoisses, cris de douleur, de colère, d'appels au secours ... Violents soubresauts convulsifs. Quelle destruction physique ! Mais la pire destruction physique et psychologique est obtenue par l'absorption d'un breuvage dit «visionnaire» : l'ayahuasca, avec son principal additif: la chacruna.

Destruction psychologique:
L'ayahuasca agit sur le système nerveux, la sensibilité, tous les sens :
- «une extension des sens …, tous les sens sont exacerbés ...».
- «On sent les odeurs de très Ioin. .. on sent tout».
- « la vue va devenir hypersensible. On voit dans l'obscurité».
- «la fumée de la feuille de tabac renforce l’effet du breuvage… le goût est âcre».
- «certains chants évoquent le sifflement du serpent qui susurre à l’oreille des secrets».
- «Je pouvais toucher les couleurs en approchant ma main».

L'ayahuasca entraîne une modification des états de conscience:
- «le rituel de la plante : depuis des millénaires, les guérisseurs indiens d'Amazonie utilisent la plante ayahuasca pour soigner le malade en le plongeant dans des états modifiés de conscience».
- «la plante agit en particulier sur le cerveau droit ...».
- «ici, on soigne les malades en modifiant de façon transitoire leur état de conscience».
- «le breuvage va profondément modifier la vie de Flavien».
- «il y a vraiment des prises de conscience: des sentiments qui sont remués».
- «le jus de tabac a pour effet d'amplifier fortement les rêves».
- «dans cet isolement on procède à une espèce de régression».
- «notre corps conserverait à un niveau cellulaire ou même nucléaire, les mémoires de notre vécu accumulées sous la forme d'engrammations dont l'usage codifié de la plante permettrait l'affleurement à notre conscience».

L'ayahuasca engendre des visions hallucinatoires:
- «les séances d'ayahuasca : c'est une expérience très belle qui te fait avoir des illusions».
- «Ca s'est passé à travers une séance d'ayahuasca, avec une vision ... C'est très impressionnant comme vision».
- «J'ai eu une vision: à l'intérieur de ma cage thoracique: une grotte et à l'intérieur de cette grotte: une femme ...».
- «au bout de trois ans, j'ai de nouveau une vision ... une femme m'est apparue».
- «chaque fois que je vomissais, j'avais une image qui venait».
- «Je suis la Plante, prends-moi, et tu vas guérir».
- «après plusieurs cérémonies, Flavien, comme chaque participant, voit apparaître cette présence extraordinaire ...».
- «le serpent est là, présent à toutes les sessions ... et un jour arrive où le serpent ouvre sa gueule et avale le patient».
- «j'ai eu l'expérience la plus forte de ma vie: un serpent immense, beaucoup plus grand que moi m'avalait tout entier».
- «l'ayahuasca vous fait voir des facettes du monde auxquelles on n'est pas habitué... un animal qui est là, qui fait une grimace, qui fait une pirouette, qui fait quelque chose de surprenant».

L' ayahuasca facilite un voyage dans le monde des esprits :
- «pour voir les esprits, il faut boire la mère ayahuasca».
- «quelque chose qui communique, qui est sensible, avec lequel on prend contact, ça s'appelle un esprit».
- «nous sommes les esprits gardiens de la forêt».
- «nous nous enfonçons maintenant dans le monde subtil des esprits».
- «certaines visions rapportées par les patients évoquent les grands mythes de 1'humanité».
- «c'est l'ayahuasca du ciel qui te met en contact avers l'univers».
- «un esprit guérisseur qui a sauvé la vie de Juan Florès».
- «Alors les esprits sortaient de la plante pour me guérir. Ils venaient me voir, m'examinaient (...) Et moi je parlais avec eux comme je parle avec vous en ce moment».
- «Mais l'esprit des plantes n'est pas attaché à l'individu qui est là, à cette plante-là. C'est des plantes en général, c'est un esprit collectif en quelque sorte. Alors quelque chose qui communique, qui est intelligent, qui est sensible, avec lequel on prend contact, ça s'appelle un esprit».

L'ayahuasca permet de communiquer avec les ancêtres et un passé oublié :
- «le toxicomane tente de renouer avec les rites ancestraux perdus dans notre société».
- «Je revois des périodes du passé».
- «pendant les sessions que j'ai vécues jusqu'à présent, il y a beaucoup d'êtres que j'ai rencontrés, depuis le début de mon existence, qui sont revenus».
- «Il y a très longtemps les Indiens découvraient leurs remèdes, que les esprits leur révélaient».

Toutefois, la prise d'ayahuasca n'est pas le seul facteur qui contribuerait à la déstructuration psychologique de l'individu. Une autre drogue, psychique celle-là semble venir s'ajouter et se conjuguer à l'absorption de la boisson hallucinogène: une technique psychologique subtile qui, à elle seule, serait de nature à créer un lien de sujétion, de mise sous dépendance, sous emprise, sous contrainte morale :
- «pas de guérison, sans passer par le fait de se laisser aller, de se relâcher, de se laisser saisir».
- « ce combat est dans l'acceptation, dans 1 'humilité. A un moment, il y a lieu d'accepter l'inacceptable, c'est-à-dire de se rendre complètement, de rendre les armes, d'être dans la reddition totale, dans la capitulation».
- «avez-vous réussi à vous rebeller contre votre rébellion ? Parce que ça, c'est l'acceptation parfaite».
-
 «Il faut ne pas se forcer ...».
- «On peut se demander aussi pourquoi l'esprit de l'arbuste chacruna qui accompagne l'ayahuasca apparaît comme un petit lutin vert».


UN CURIEUX TRANSFERT CULTUREL

Au cœur de ces sessions, s'effectue un véritable transfert qui consiste à déprécier la culture occidentale, pour lui substituer la culture New Age : passer du monde de la rationalité au monde de l'émotionnel et de l'irrationnel :
- «Ici, le langage rationnel occidental n'a plus cours. Tout s'explique par les esprits».
- « Il y a des choses qui ne peuvent pas être racontées, même si on le veut.»
- «C'est assez difficile d'en parler parce que ça ressemble à rien de ce qu'on peut connaître, et d'en parler eh bien ! c'est en sortir».
- «Flavien ne peut pas partager avec nous ce qu'il a vécu. D'ailleurs peut-il même communiquer avec ces guérisseurs qui ne parlent pas un langage rationnel ?».
- «J'ai essayé de parler de choses avec Don Solon, mais c'est pas leur problème, quoi! Ca ne les intéresse pas. Déjà, même au niveau du vocabulaire, ils emploient des mots, ça ne veut pas dire la même chose».
- «les visions n'ont de sens que pour le participant lui-même».
- «II n'a pas entendu cette voix dont tout le monde parle, une sorte d'intelligence qui enseigne».
- «Mystérieusement, certaines visions rapportées par des patients pourtant sans instruction, évoquent les grands mythes de l'humanité».
- «Elle (l'ayahuasca) prend racine dans le corps. Elle s'intègre comme une plante peut le faire dans la terre. Et une fois qu'elle a bien pris racine à l'intérieur du corps, on peut dialoguer tous les deux ensemble».
- «Il y a une personne en particulier qui m'a dit: « Tel jour, tu m'es apparu et c'était vraiment très intense».
- «Il s'agit plutôt d'un matériel visionnaire. Ce sont des mises en évidence à travers le voir, à travers le regard, et, à partir du moment où on voit, il y a déjà une prise de conscience».
- «Le travail avec l'ayahuasca va permettre en quelque sorte de déchiffrer toutes les engrammations, toutes les informations accumulées dans l'organisme».
- «Chaque plante, quand on la fréquente pendant très longtemps, quand on ingère la plante et qu'on connaît ses effets, on commence à percevoir, à sentir de manière confuse, progressivement, une entité, une personnalité, une structure, une matrice, où il y a en tous les cas de l'intelligence, puisqu’on peut communiquer avec cette plante et cette communication se fait dans les deux sens».
- «Il y a plein de pièges dans l'ayahuasca, qui sont nos propres pièges».
- «Quand quelqu'un a la sensation qu'il contrôle tout, qu'il domine tout, qu'il a tout compris, là il est dans la pression de l'ego, dans l'orgueil.».

Le Dr Mabit l'avoue : «une vision ? ce qui n 'appartient pas spécifiquement à ma culture ... c'était très impressionnant, c'était une sensation d'un vécu tout à fait réel».

Et Rafel insinue : «ça fait penser à des baba cool New Age»

- «autant de techniques indiennes qui demeurent un mystère pour nos scientifiques».
- «ces méthodes semblent irrationnelles».
- «la plante agit sur le cerveau droit, majoritairement consacré aux fonctions non rationnelles, très développées dans les sociétés indigènes».
- «les scientifiques se bornent à constater ...».
- «les visions : il s'agit toujours d'une femme, mais une femme sans tête; Essentiellement, des vertus féminines: de l'intuition, de la réceptivité, de la sensibilité, sans mental, sans rationalité, d'abord dans le cœur».
- «Toute la communauté participe et absorbe le breuvage, y compris les malades dont un Argentin atteint d'une tumeur au cerveau, condamné par le monde médical et aussi un enfant de la région dont la jambe est infectée».
- «on est aidé par l’ayahuasca pour voir ce que c'est de ne pas vivre sous l'emprise de ce mental qui est fait de conditionnement ...».

UN CURIEUX SYNCRETISME INTERRELIGIEUX

Enfin, quel amalgame: dans quel monde est-on à Takiwasi ? Catholique? Chamanique? New Age ? Quel syncrétisme !

Catholicisme ?
Tout pousse à le croire et même est fait pour le faire croire :
- le superbe immeuble religieux, sur lequel figure le monogramme du Christ,
- le père Jésuite: le père Santuc, professeur à l'Institut de philosophie de Lima, qui a expérimenté l’ayahuasca et le serpent, et qui donne l'explication théologique du serpent :
«le représentant d'une intelligence, d'une intelligence trompeuse, menteuse, qui va induire chez Adam et Eve ...»
«ce n'est pas au niveau des idées que nous avons sur Dieu, sur la Vierge, sur les hommes, c'est dans notre corps tel qu'il est habité enfin que les choses se passent».
- la Vierge Marie : Jacques Mabit nous dit : «en ce sens, la Vierge enseigne ce chemin-là».

Inutile de préciser que toutes les théories ou pratiques enseignées à Takiwasi sont radicalement incompatibles avec la foi catholique.

Chamanisme?
Là, la discrétion est totale! Mais les images sont parlantes, montrant des chamans à l'œuvre ou en situation, et si le mot n'est pas prononcé (remplacé en permanence par celui de guérisseur), on en trouve toutes les caractéristiques:
- les esprits,
- les plantes sacrées,
- les ancêtres,
- les animaux,
- les rituels, les cérémonies (le Dr Mabit en personne officie en chaman, chante des icaros),
- la femme,
- la «Madre» La présentatrice du film nous le confirme : «les Indiens l'appellent «la Madre, c'est-à-dire la Mère» et Rafel ajoute : «Dès qu'on dit la Madre, ça fait penser aux baba cool New Age. Cette divinité-Mère que moi j'appelle la Vierge Marie et qui peut être appelée d'une autre façon».

Alors : qui sont ces guérisseurs : de vrais chamans ? des sorciers ? des trafiquants de drogue ? L'émission nous a bien caché cette face du chamanisme, de même qu'elle n'a pas abordé le conditionnement préalable des participants européens pour se rendre à Takiwasi, même s'il est dit au tout début du film que «Flavien est actuellement en psychothérapie» et «souffre d'une névrose relationnelle».

CURIEUSES FINANCES

L'aspect financier de l'entreprise est soigneusement passé sous silence.
Quelques rares allusions nous font songer qu'il n'est pas sans importance :
- «un programme qui se fait en deux jours minimum coûte 200 dollars».
Que coûtent alors ces sessions «où les patients effectuent un séjour de neuf mois et qui accueillent un millier de participants par an» ?
-
 Et, Rafel, combien a-t-il payé son séjour au Pérou: «J'ai passé 12 mois à Takiwasi» ?
- «Les soins sont gratuits pour les toxicomanes indigents». Soit, c'est la vocation première du centre. Mais combien sont-ils, et qui assure le financement de cette prise en charge ?
On peut s'interroger aussi sur la façon dont le film a été commandité et financé (plusieurs semaines de préparation, de repérage, de tournage et de montage ont été nécessaires).

CONCLUSION

Dépourvu d'analyse critique, ne donnant à aucun moment la parole à un contradicteur éventuel ou à un scientifique reconnu, le film «L’Ayahuasca, le serpent et moi» semble s’inscrire dans une démarche publicitaire, tout à la gloire de Takiwasi et du Dr Mabit.
Dans quel état réel - physique et psychologique - Rafel a-t-il quitté Takiwasi? Est-il vraiment guéri de sa toxicomanie ? Etait-il vraiment toxicomane d'ailleurs ? Quelle était sa réelle dépendance à la drogue ? Avant de venir au Pérou, avait-il eu recours à des structures spécialisées en France ? Rien n'est dit à ce sujet.
Quant à Flavien - qui prend le relais de Rafel -, était-il toxicomane ? Non semble-t-il. Le film dit qu'il souffrait d'une «névrose relationnelle». Or Flavien est conduit à ingérer un stupéfiant (« un breuvage qui peut s'avérer dangereux») après «cinq jours de jeûne» et dans un état de fatigue extrême («Je ne dors pas beaucoup», «c'est du sport pour faire ces vingt mètres que j'ai à faire pour aller à la rivière»).

De telles pratiques pourraient-elles tomber sous le coup de la loi ?

La législation française concernant la drogue et les sectes est très précise :
Drogue : Code pénal art.222-34:
«Le fait de diriger ou d'organiser un groupement ayant pour objet la production, la fabrication, l'importation, l'exportation, le transport, la détention, l'offre, la cession, l'acquisition ou l'emploi «illicites» de stupéfiants, est puni de la réclusion criminelle à perpétuité et de 50.000.000 F d'amende».
Le Centre Takiwasi a été subventionné autrefois par la Délégation Générale à la Lutte contre la drogue et la Toxicomanie (devenue MILDT, Mission Interministérielle de Lutte contre la Drogue et la Toxicomanie) ; l'aide était destinée à soutenir un «projet» ayant «vocation de recherche sur l'utilisation traditionnelle de 1'ayahuasca par les chamans de cette partie de la Cordillère des Andes» ; il n'était nullement question de «prise en charge de jeunes Européens». Depuis 1994, l'institution n'accorde plus de subvention au centre Takiwasi et ce dernier ne peut se prévaloir en aucune façon d'un soutien du gouvernement français.

Loi N° 2001-504 du 12 juin 2001 - dite About - Picard - tendant à renforcer la prévention et la répression des mouvements sectaires portant atteinte aux droits de l'homme et aux libertés fondamentales: Code pénal Art.223-15-2:
«Est puni de trois ans d'emprisonnement et de 2.500.000 F d'amende l'abus frauduleux de l'état d'ignorance ou de la situation de faiblesse ... d'une personne en état de sujétion psychologique ou physique résultant de l'exercice de pressions graves ou réitérées ou de techniques propres à altérer son jugement, pour conduire ; ... cette personne à un acte ou à une abstention qui lui est gravement préjudiciable».
«Lorsque l'infraction est commise par le dirigeant de fait ou de droit d'un groupement qui poursuit des activités ayant pour but ou pour effet de créer, de maintenir ou d'exploiter la sujétion psychologique ou physique des personnes qui participent à ces activités, les peines sont portées à cinq d'emprisonnement et à 5 000 000 F d'amende».

Jacques TROUSLARD

(1) Les phrases en italique sont extraites du film.
________________________________________________________________________

* Texte inédit, du 4 novembre 2004, mis en ligne le 1er décembre 2007 sur le site de Psychothérapie Vigilance.
Le Père Jacques Trouslard est prêtre «incardiné» au diocèse de Soissons. Il a abandonné son poste de Vicaire Général pour se consacrer exclusivement au combat contre les sectes depuis 1984. Il est chevalier de la Légion d’honneur et de l’Ordre national du Mérite en reconnaissance d’une vie de combat pour les droits de l’homme.


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