Méthodes et principes théoriques identifiés comme inducteurs de faux souvenirs Nous distinguons plusieurs méthodesdites psychothérapeutiques : - des méthodes manuelles de traitements énergétiques - des méthodes intensives et systématiques qui solutionnent les problèmes psychologiques et les maladies, - des méthodes empruntant diverses approches telles que, par exemple, la psychogénéalogie et le transgénérationnel, - des méthodes psycho-spirituelles. Toutes ces méthodes sont dites de «guérison». Elles reposent sur les postulats communs suivants: · L’individu est considéré dans sa globalité: physique, émotionnelle, vibratoire, spirituelle et psychologique. · La plupart des maladies physiques ou mentales ont pour origine des traumatismes vécus dans l’enfance. Ces traumatismes sont inscrits dans le corps. · Pour guérir, il faut retrouver dans la mémoire les souvenirs du traumatisme et revivre ce qui a été occulté. Tout souvenir est un morceau de l’histoire réelle du patient. Le souvenir mémorisé est une image statique et immuable du réel. L’objectif de ces thérapies est de guérir des traumatismes passés. Le travail thérapeutique consiste à «remonter dans le passé» en se focalisant sur les souvenirs et les rêves. Ceux-ci sont d’emblée interprétés par le thérapeute. L’interprétation n’est pas à mettre en doute, elle a un effet de vérité majeure. Lors des séances, toutes sortes de techniques peuvent être utilisées pour conditionner le patient : Très schématiquement, ces techniques reposent sur l’idée qu’il existe une mémoire du corps : tout y est inscrit. Les symptômes sont considérés comme des signes d’un traumatisme subi dans l’enfance. Les techniques permettent de décoder le langage du corps et ainsi de préciser le traumatisme. Pour retrouver ces souvenirs, il faut favoriser l’émergence de la mémoire du corps. Une détente profonde est donc provoquée: le thérapeute va avoir recours à des techniques psychocorporelles telles que massage, relaxation, imposition des mains, soins énergétiques, exercices respiratoires, divers procédés hypnotiques comme la transe hypnotique… Puis, il demande au patient de se concentrer sur des images mentales, des souvenirs ou des rêves. A partir des éléments apportés par le patient et grâce aux diverses suggestions du thérapeute, se construit le scénario incestueux. Le traumatisme de l’enfance est repéré, interprété et légitimé comme vérité historique par le thérapeute. Des techniques apparentées à l’analyse transgénérationnelle ou à la psychogénéalogie complètent la démarche car : «Toute la généalogie est malade et condamnée à la répétition. Il faut donc rompre avec sa famille pour se libérer». Les suggestions du thérapeute
Elles sont faites d’inductions sémantiques (pouvoir des mots, des phrases et des promesses, les allusions et évocations, l’orientation et la formulation des questions); d’influence non verbale (influence du toucher, du regard, du sourire) ; d’induction de désirs (le sujet dit ce que le thérapeute a envie d’entendre faisant fi de la réalité de l’expérience). L’induction de souvenirs au cours de psychothérapies sectaires
Plusieurs éléments nous permettent de repérer les pratiques sectaires: · Force de persuasion, position de toute puissance et de tout pouvoir du thérapeute: Dans une démarche inquisitrice, le thérapeute recherche la vérité pour guérir. Il adopte une position interventionniste. En justicier, il explique et propose des solutions. Il exerce une influence massive sur ses patients. Il prétend avoir le pouvoir de guérir, de transformer et de changer la vie du patient. Véritable missionnaire, il n’a plus aucune neutralité à l’égard de ses patients: il s’implique, dirige, encourage vivement et conseille activement. · Injonction systématique de rupture avec la famille comme dévoiement de la notion d’autonomie · Embrigadement théorique Le thérapeute encourage activement le patient à rechercher dans ses souvenirs, dans son passé, les faits illustrant La Théorie. La Théorie n’est pas considérée comme un ensemble d’hypothèses à interroger, mais il s’agit d’un corpus sacré qui explique tout. Elle ne doit pas être remise en cause, critiquée, ni même questionnée. Elle est à accepter telle quelle et elle est à maîtriser parfaitement. Ainsi, le maître du savoir, le thérapeute guide et initie ses patients. Il pense à la place de l’autre, insiste, formule, interprète, projette, plaques ses idées et impose sa vision du monde. Grâce à ses injonctions, ses suggestions, ses conseils, ses explications et ses interprétations, il mène le «jeu» selon ses attentes et ses propres schémas de pensée. Pourtant, son corpus théorique est souvent limité et réducteur. Ses postulats ne sont pas vérifiables et sont arbitraires. · Atteinte à l’intégrité psychique des patients Dans l’urgence, avec insistance, sans précaution ni délicatesse, les interventions font intrusion dans la psyché. Avec insistance, il pénètre par effraction dans l’inconscient d’autrui à partir des rêves et des souvenirs. Les patients sont exposés pendant de longues périodes à des procédés de persuasion visant à augmenter leur implication dans leur croyance en la véracité de ces souvenirs. Dans la maîtrise et le contrôle, le thérapeute désingularise et instrumentalise ses patients en de véritables objets d’expérimentation. Ainsi, ils confirment tous La Théorie. · Instauration d’une relation d’emprise Sans aucune distance, ni neutralité, il est pris dans la vie de ses patients et s’y insère. Dans une sorte de fusion sans dégagement possible, il est à la recherche d’une non différenciation dans une position a-conflictuelle. Ainsi, il entraîne l’autre dans un processus destructeur de singularité où la relation d’emprise permet l’acte cannibalique: le sujet transformé en objet se retrouve dans une dépendance aliénante. L’induction de souvenirs au cours de psychothérapies non sectaires Lorsqu’il ne s’agit pas de pratiques sectaires, plusieurs éléments permettent d’éclairer le phénomène d’induction de faux souvenirs d’inceste au cours de certaines psychothérapies. En voici quelques-uns : · La vulgarisation du discours psychanalytique: certains s’approprient et décomplexifient des concepts empruntés à la psychanalyse et s’emparent de «preuves freudiennes» (dessins, rêves) pour conforter leur intuition. En pensant d’une façon naïve et simpliste qu’il suffit de «retrouver ce qui a été occulté pour guérir », la psychanalyse est réduite ici à la levée du refoulement. · Le phénomène d’identifications: pris par sa propre activité psychique, le thérapeute n’a plus de neutralité à l’égard du patient. Il s’implique, prend parti, encourage et conseille. Il interprète selon ses attentes, ses désirs, ses fantasmes. Dans un fonctionnement en miroir, il n’y a pas d’analyse du transfert, ni du contre-transfert. · De la fascination à la fétichisation des abus sexuels: obnubilé par la maltraitance, le thérapeute voit des abus sexuels partout. Tout symptôme est immédiatement associé à de la maltraitance. «Angoissé à l’idée de passer à côté», dans une sorte d’acharnement investigateur, le thérapeute va activement intervenir pour rechercher, vérifier l’existence ou non d’abus sexuels. Au nom de l’enfance maltraitée, il crée des enfants maltraités. · Le manque de formation: beaucoup s’autoproclament avec un diplôme en poche, ou sans diplôme d’ailleurs, et pratiquent la psychothérapie grâce à quelques lectures, à leur intuition et à une certaine créativité. Seulement, l’exercice de la psychothérapie est très complexe et ne s’improvise pas. Il s’agit d’un processus qui implique profondément à la fois la personnalité du patient ainsi que la personnalité du thérapeute. Une formation spécifique est nécessaire: elle devrait être soutenue et continue. Conclusion
Au-delà de la question sectaire, le phénomène des faux souvenirs a le mérite de poser un certain nombre de questions complexes autour des psychothérapies, de leur définition, de leur validation, de leur pratique, de leur contrôle, de la formation des praticiens, de leur éthique et de leur responsabilité. Comment peut-on engager un patient dans un processus psychothérapeutique alors que le psychothérapeute n’a pas de formation suffisante? Comment le thérapeute protège-t-il le patient de ses propres désirs et fantasmesà l’œuvre dans toute prise en charge psychothérapeutique ? Se posent aussi la question de la transmission d’une méthode psychothérapeutique. Enfin, concernant notre responsabilité de psychologue, n’est-il pas de notre devoir de protéger le public en lui donnant les moyens de repérer des professionnels compétents? |