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REACTION A L’INTERVIEW DE FRERE EPHRAÏM SUR KTO
par PIERRE-JOSEPH *
«Un discours de gourou»
«Les familles ont été détruites ou évincées.»
«Il est très pernicieux de chercher à faire croire aux gens
qu’ils doivent «se sentir blessés»par toutes les limites d’amour du monde
et de chercher à en «guérir» par une approche psycho-spirituelle.»
« En tant que catholique, je voudrais exprimer ma consternation suite à l’interview que frère Ephraïm a donnée sur la chaîne de télévision KTO. J’ai été surpris d’entendre le fondateur de la communauté des Béatitudes annoncer qu’il ne cautionne pas le gouvernement de sa propre communauté. Il est fier d’avoir donné des prêtres à l’Eglise. Enfin, ces prêtres ne sont pas pour l’Eglise puisqu’ils sont à l’intérieur de la communauté aux postes-clés. Quant aux familles, elles n’ont pas leur place, elles ont été détruites ou évincées.
La communauté des Béatitudes est comme une « vague » dit Frère Ephraïm, voilà qui manque singulièrement de clarté. Il préfèrerait ne pas la voir s’institutionnaliser et redoute qu’elle devienne une « congrégation classique ». J’ai du mal à croire que les évêques, comme les services publics réagissent favorablement à ce discours de gourou, même s’il s’en défend : « Je ne suis pas un gourou, dit-il ; je n’entends pas que tout le monde me suive. » Dans le christianisme, un « homme de Dieu » ce n’est pas quelqu’un qui cherche à ce qu’on le suive, lui personnellement, c’est plutôt quelqu’un qui montre le Christ. Dans son interview Ephraïm s’autoproclame sans difficulté « homme de Dieu », en toute humilité…
Il nous présente aussi ses autres modèles « d’hommes de Dieu ». « J’ai connu des hommes de Dieu hindous » dit-il. Un hindou ne se définira jamais comme un « homme de Dieu » car ce vocabulaire n’appartient pas à son univers spirituel. « Si l’on considère le bouddhisme comme une philosophie, ce n’est pas incompatible avec le christianisme. » Ce que dit le fondateur des Béatitudes n’est recevable ni par un bouddhiste ni par un chrétien, car son syncrétisme ne respecte ni l’une ni l’autre tradition. Je ne pense pas qu’un bouddhiste véritable se laissera séduire par un tel relativisme religieux « Certains devanceront les chrétiens dans le Royaume. » Je doute vraiment qu’un bouddhiste soit honoré d’avoir une place dans le royaume des chrétiens, quand bien même serait-elle la première. Il dit aussi « Le christianisme, c’est une révolution à la Mao. » Associer maoïsme et christianisme, il faut oser. Un tel rapprochement est foncièrement contre nature !
Ephraïm parle du « vide » que traverse l’Eglise, c’est un fait, mais ce n’est pas pour autant une « kénose » comme il le prétend, car les chrétiens emploient ce mot dans un sens tout à fait inverse. Ce terme ne signifie pas « subir un vide » ; il désigne l’acte volontaire par lequel le Christ s’est abaissé et s’est en quelque sorte « vidé lui-même » par son Incarnation ; cette Incarnation par laquelle il a épousé par amour les limites de la condition humaine. Mais Ephraïm voit les choses tout autrement « Vous arrivez sur terre et on vous aime dans des limites très étroites, c’est la blessure originelle. Ce qui est très important c’est de réaliser que l’on est blessé, tout le monde est blessé. » Il donne une interprétation totalement victimaire du dogme chrétien sur le péché originel.
L’homme ne se définit pas par essence comme un être blessé par un manque d’amour. L’homme qui se persuade d’être né « blessé » et « limité » par le manque d’amour des autres est un homme narcissique, perverti par sa volonté de puissance. Serions-nous blessés de ne pas être tout-puissants ? Serions-nous blessés de ne pas être Dieu ? Non, bien heureusement, le bonheur de l’homme n’est pas dans l’illusion de pouvoir repousser les limites de sa condition humaine. Saint François d’Assise voulait mettre l’amour là où il n’était pas. Voilà une perspective chrétienne ! Il est très pernicieux de chercher à faire croire aux gens qu’ils doivent « se sentir blessés » par toutes les limites d’amour du monde et de chercher à en « guérir » par une approche psycho-spirituelle. C’est là qu’intervient l’abus des charlatans comme Ephraïm.
Le « psycho-spirituel » est un excellent filon pécuniaire puisqu’il dit : « Quand on s’abandonne radicalement à la Providence, on voit des miracles permanents, l’argent tombe du ciel. » Qu’en pensent les généreux donateurs qui lui ont laissé leurs biens, gagnés à la sueur de leur front ? « Le miracle fait partie de la vie chrétienne normale, c’est quelque chose de tout à fait normal. » Avec un minimum d’honnêteté, personne ne peut dire une chose pareille, et certainement pas un catholique. Il est même très périlleux d’attendre toujours de « l’extraordinaire » dans la vie. Plus effrayante encore, sa hâte de l’ultime expérience de sa vie; «la plus belle expérience de ma vie ce sera ma mort». Ephraïm n’a aucun scrupule quand il cherche à inquiéter les téléspectateurs sur son état de santé « Je me suis lancé dans la psychologie il y a huit ans, après mon cancer. » Cela fait beaucoup plus de temps qu’il s’est lancé dans ce qu’il appelle la « psychologie », mais qu’il est préférable d’appeler dans son cas « manipulation mentale ».
« Je n’ai jamais vraiment adhéré à ce côté matérialiste de Freud dit-il, mais heureusement il y a Jung. Il est allé beaucoup plus loin en découvrant la dimension spirituelle inconsciente. On a un inconscient supérieur : le soi. Il y a un Dieu inconscient, tout homme à son dieu inconscient. Tout homme est appelé à cette synthèse qui est dans le Christ. » Est-il besoin de préciser qu’Ephraïm ne nous parle pas du Dieu des chrétiens mais de la spiritualité du «Nouvel Age».
Quant aux religieux de sa communauté, ils doivent « investir leur libido dans le Royaume des cieux. » C’est ce qu’il appelle la « sublimation ». Il est vrai qu’en physique la sublimation consiste à passer d’un état solide à un état gazeux. Plutôt gazeuse cette spiritualité ! « On peut connaître la réalité par le plaisir ; Dieu, c’est le plaisir des plaisirs. » dit-il. Cette spiritualité hédoniste ne saurait qualifier le christianisme.
Ephraïm est catégorique : « Tout le monde a besoin de relation d’aide. Qui n’est pas paumé ? » Si je ne m’abuse, il veut nous dire en fait que tout le monde a besoin de lui. Après tout, pourquoi ne pas suivre un paumé, puisque tout le monde est un paumé qui s’ignore ? « Je comprends les arguments de tout le monde » dit-il. Il est tout de même un peu difficile de suivre un fondateur aussi démagogique. A moins que ce soit son côté « mystique » qui attire ? « J’ai vu la sainte Vierge. Mais après, je suis revenu à la raison. » Il est permis de douter de l’un comme de l’autre.
Le personnage est difficile à cerner ; quant à sa communauté ? Elle serait l’objet de critiques, d’attaques. « Les attaques contre la communauté sont des mensonges » dit-il. C’est une façon de vivre la Béatitude des persécutés pour la justice à cause du nom de Jésus. » Les victimes de sa communauté seraient-elles donc toutes des menteuses ?
D’autres questions mériteraient d’être posées, que frère Ephraïm ne se pose pas : la communauté aurait-elle pu avoir des torts ? Aurait-elle ait pu faire du mal à des personnes ?
« C’est l’esprit du monde qui persécute la communauté » dit-il encore. Mais qui persécute qui ? Nombre de personnes ont été persécutées à l’intérieur de la communauté, et certaines qui en sont sorties vivent maintenant beaucoup bien mieux l’Evangile dans le monde. « Si le monde vous hait, on sait que l’on suit le Christ.» dit-il. Alors, que répercutent les médias : La haine qui vient du monde ou le cri qui vient des victimes de la communauté des Béatitudes ?
« Je fais un deuxième cancer, je n’en ai plus que pour dix ans. » ose-t-il conclure. Outre le fait qu’un tel pronostic est impossible à donner médicalement, ce déballage impudique semble constituer avant tout un prétexte pour qu’on le laisse tranquille. Il dit que son cancer est un « cri ». Peut-être. Il n’empêche qu’avant de nous apitoyer sur son sort, il convient de ne pas oublier le cri de toutes ses victimes, et que toutes n’ont pas encore parlé. (…)
*Pseudonyme. L’auteur est un ami sincère de la communauté des Béatitudes.
Pour en savoir davantage sur les problèmes que soulève le mode opératoire de Frère Ephraïm et de plusieurs communautés : http://www.psyvig.com/default_page.php?menu=40&page=95