L’association Psychothérapie Vigilance et son président Guy Rouquet luttent contre les faux souvenirs induits, une soi-disant méthode thérapeutique qui brise des familles.
Guy Rouquet préside l’association Psychothérapie Vigilance, qui se bat contre les manipulations mentales et les psychothérapies « abusives». - Qu’est-ce que les faux souvenirs induits ? - Il s’agit d’un syndrome repéré aux Etats-Unis il y a une vingtaine d’années, qui se développe en France par le biais de psychothérapies déviantes ou délirantes. Tout à coup, un père ou une mère se retrouve accusé brutalement, violemment par l’un de ses enfants, le plus souvent une fille, âgée de 30, 40 ans. Celle-ci « découvre » soudain qu’elle a été victime d’inceste ou d’abus sexuel au cours de sa prime enfance, généralement avant 2 ans, un âge dont on n’a pas de souvenir. Des psychothérapeutes, que j’appelle pour ma part des « dérapeutes », persuadent ces femmes que le mal-être qu’elles ressentent confusément est dû au fait que leur corps, leur esprit se « souvient » d’abus sexuels. L’un des parents, ou les deux, sont alors accusés, et toute la famille tombe des nues. - Qui sont ces psychothérapeutes déviants ? - Essentiellement des psychothérapeutes autoproclamés, ou formés dans des écoles dites de formation en psychothérapie, privées et payantes. Le titre de psychothérapeute n’est toujours pas protégé en France, les décrets d’application (N.D.L.R. : de la loi sur les politiques de santé de juillet 2004 qui régit l’usage du titre de psychothérapeute) n’ayant pas encore été publiés. Il arrive aussi que ce soit des psychologues, des psychiatres ou des médecins installés, de vrais professionnels de santé qui ont dévié. Leur discours va très loin, jusqu’à inciter parfois la personne à se souvenir de ce qu’elle éprouvait dans le ventre de sa mère ou dans une vie antérieure. Ils peuvent aussi culpabiliser des gens en les persuadant que leur mal-être vient du fait qu’ils ont abusé eux-mêmes d’un de leurs enfants dans une autre vie, qu’un sang mauvais circule dans leur famille... -A-t-on affaire à un mouvement sectaire organisé ? - Il faut comprendre que les personnes manipulées sont reconnaissantes envers leur thérapeute. Elles deviennent alors de véritables vaches à lait, et vont alimenter un thérapeute ou un groupe de patients durant des années. Le groupe va devenir une sorte de famille. Alors que je pensais au début que c’était un phénomène isolé, je pense aujourd’hui qu’il existe en France plusieurs centaines de groupes de 20, 50, 100 personnes. Avec à chaque fois, derrière tout cela, des familles détruites. Généralement, ces groupes ont une doctrine. En ce sens, je les vois comme des micro- sectes, a priori distinctes, mais dont on s’aperçoit en réalité que leurs dirigeants se connaissent, ont presque tous été formés dans les mêmes centres. Vie antérieure - Comment réagissez-vous au fait que le rapport publié hier fasse état des faux souvenirs induits ? - C’est une bonne chose que l’accent soit mis cette année sur ce phénomène, parce que tout donne à penser qu’il se répand rapidement dans toute la société. Je connais beaucoup de médecins et de psychologues respectueux de l’éthique et de la déontologie. Quand j’ai commencé à leur parler de ce problème, ils ne me croyaient pas, tellement cela leur paraissait incroyable… - C’est d’autant plus difficile à vivre pour les familles concernées qu’on touche à la question très délicate des abus sexuels sur les enfants… - Tout à fait. Et il ne s’agit bien évidemment pas pour nous de dire que l’inceste n’existe pas. Ce qui caractérise les gens qui sont victimes de ces faux souvenirs, et les différencie des vraies victimes, c’est souvent qu’elles n’ont jamais exprimé la moindre plainte jusqu’à l’âge de 35 ans, et qu’elles évoquent des faits ayant trait à la prime enfance ou à une vie antérieure. Ces pseudo-révélations s’accompagnent par ailleurs d’un changement dans leur comportement. Elles rompent souvent avec leurs familles, avec leurs amis, modifient leur alimentation... Leur seule référence va devenir leur(s) thérapeute(s), et c’est en ce sens que cela devient sectaire.
* Recueillis par Benoît Gaudibert, journaliste, ces propos ont été publiés dans l’édition de L’Est Républicain du 4 avril 2008. La raison sociale de Psychothérapie Vigilance peut être consultée à l’adresse URL http://www.psyvig.com/default_page.php?menu=30&page=1 |